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31/05/2015 11:05 EDT | Actualisé 31/05/2016 01:12 EDT

Fusillade à Moncton: de nouvelles mesures se font attendre

Des agents de la GRC s'étant précipités dans le quartier de Moncton où se trouvait le tireur Justin Bourque, le 4 juin 2014, affirment que la police fédérale ne leur a toujours pas fourni la formation et les armes qui leur permettraient d'intervenir plus efficacement lors de telles situations.Un rapport, publié il y a quelques mois, recommandait à la Gendarmerie royale du Canada des mesures en ce sens.Certains agents de première ligne, ayant parlé à La Presse Canadienne sous le couvert de l'anonymat car ils ne sont pas autorisés à discuter de ces questions publiquement, ont dit craindre pour leur sécurité étant donné que la plupart des membres de la GRC n'ont toujours pas de carabines militaires ou n'ont pas reçu la formation pour les utiliser.Un agent de la GRC ayant vu Bourque abattre un collègue en juin dernier a dit croire que l'organisation prenait trop de temps pour se procurer les carabines en question et donner la formation adéquate.Un autre membre a affirmé que les agents étaient de plus en plus frustrés de voir les appels répétés envers un meilleur arsenal au cours de la dernière décennie ne pas entraîner la réponse souhaitée de la part des têtes dirigeantes de la GRC. Il a fait valoir que seulement quatre agents de sa division d'environ 80 membres avaient été formés pour l'usage de la carabine Colt C8, une arme semi-automatique largement reconnue pour sa précision et sa longue portée, et qui a été utilisée depuis des années par des corps de police municipaux au Canada.La GRC a livré les premières carabines en 2013, avec 2200 désormais disponibles pour 12 000 membres. La formation à la carabine a pris de l'élan depuis l'an dernier, mais la GRC n'a pas voulu indiquer combien d'agents avaient été formés.«Beaucoup des agents sont déçus, mais ils en sont venus à se dire: 'Vous savez, c'est la GRC. Elle n'en a rien à foutre», a dit un membre de longue date impliqué dans la traque de Bourque.«Je ne m'attends pas à beaucoup de changements. En ce qui a trait aux carabines dans les véhicules, ils disent que ce sera fait, mais est-ce que j'y crois? Non, pas avant plusieurs années», a-t-il poursuivi.À la mi-mai, la GRC a été accusée d'avoir violé le Code canadien du travail.Des enquêteurs ont affirmé que la police fédérale n'avait pas fourni les armes et l'équipement appropriés pour les situations de «tireur actif». Ils ont aussi soutenu que la GRC n'avait pas accordé au personnel l'information et la formation requises pour intervenir lors d'événements comme le drame vécu à Moncton, et que la GRC ne parvenait pas à assurer «de manière générale» la sécurité et la santé de ses membres.La question sera abordée devant les tribunaux pour la première fois le 9 juillet.Des recommandations en ce sens ont aussi été faites par le commissaire adjoint à la retraite Alphonse MacNeil à la suite de la fusillade à Moncton.M. MacNeil a émis 64 recommandations visant à améliorer la formation, l'équipement, les communications et la planification pour de telles situations critiques, des éléments qui ont tous été jugés déficients dans la réponse de la police aux fusillades.Plus particulièrement, le commissaire adjoint à la retraite a affirmé que la GRC avait été lente à fournir des carabines, soulignant qu'aucun des agents étant intervenus à Moncton en avait une à sa disposition car ces six armes se trouvaient sur un site d'entraînement.La GRC a accepté les recommandations, mais n'a pas établi d'échéancier clair et n'a pas parlé des modalités d'application des mesures.Des agents ont fait valoir que la police fédérale avait eu amplement l'occasion de fournir ces armes, à la suite de recommandations précédentes d'un rapport commandé par la GRC en 2010 et d'un autre en 2011 ayant suivi la mort de quatre policiers en Alberta en 2005.Un agent du Nouveau-Brunswick ayant participé à la traque de Bourque a soutenu que la police aurait eu la possibilité de l'arrêter si elle avait pu compter sur des carabines.«Nous savions que nous avions affaire à une personne qui tirait sur des policiers avec une carabine de gros calibre, et nous nous présentons avec pratiquement des armes à plombs», a illustré l'agent, qui est tenu par réglementation de ne pas critiquer la GRC.