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31/05/2015 08:50 EDT | Actualisé 31/05/2016 01:12 EDT

Fifa/Corruption - Etats-Unis: la progression du "soccer" devrait continuer malgré le scandale

Interrogez un fan de sports américains sur "Sepp" Blatter et il tentera certainement de s'en référer à un dictionnaire médical: le scandale de la Fifa ne devrait guère avoir d'impact aux Etats-Unis pour un "soccer" qui petit à petit gagne en popularité.

Les amateurs de foot, appelé "soccer" au pays de l'Oncle Sam, ne seront vraisemblablement pas perturbés par les affaires de corruption qui viennent d'éclater dans les hautes sphères de la Fifa, et certains estiment même que le ballon rond pourrait y gagner un peu de publicité gratuite.

Les économistes notent que dans un pays où le football est américain et se pratique avec casque et épaulières, beaucoup n'y connaissent rien au soccer et resteront donc complètement insensibles au scandale de la Fifa dirigée par Blatter ("bladder" veut dire "vessie" en anglais).

Et pour les quelque 30 millions d'amateurs de foot, les affaires mises au jour par la justice américaine ne sont pas une surprise, estime Victor Matheson, économiste du sport à l'université College of the Holy Cross à Worcester (Massachusetts).

Mieux même, les arrestations de 14 dirigeants et partenaires de la Fifa mercredi sont réjouissantes, ajoute M. Matheson, qui est aussi un ancien arbitre dans la MLS, le championnat professionnel nord-américain.

"Hier la réaction typique des fans de foot n'était pas de se dire que la Fifa est sale, mais ils étaient plutôt surpris que ces dirigeants aient été arrêtés", explique M. Matheson.

-Bénéficier du scandale-

Derrière le football américain, le baseball, le basket et le hockey sur glace, le foot gagne petit à petit en popularité aux Etats-Unis, grâce notamment aux nombreux immigrés en provenance des pays d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud.

Illustration de l'importance croissante du ballon rond, le plus grand stade des Etats-Unis, celui de l'Université du Michigan et ses 110.000 places a fait le plein l'an dernier, non pour un match de football américain, mais pour un match amical entre Manchester United et le Real Madrid.

La MLS, lancée en 1996 avec seulement 10 équipes, en compte aujourd'hui 20 et envisage une expansion à 24 franchises. Les droits d'entrée pour une nouvelle équipe ont d'ailleurs explosé, passant de 5 millions de dollars en 1996 à plus de 100 millions de dollars lors de la dernière expansion.

Et 25 millions d'Américains ont regardé la finale de la dernière Coupe du monde entre l'Allemagne et l'Argentine, une audience plus élevée que pour n'importe quel autre événement sportif, à l'exception du Super Bowl.

Aussi étrange que cela puisse paraître, le foot pourrait même bénéficier du scandale de la Fifa, pense un autre économiste du sport, John Vrooman, de l'Université Vanderbilt à Nashville (Tennessee).

-'Abreuvés d'informations'-

"Les Américains, comme les Européens, adorent les scandales, spécialement ceux impliquant des héros déchus du sport, des champions, et notamment les histoires de corruption au sommet de la pyramide du sport", indique-t-il.

"Par une logique étrange, les Américains, qui ne connaissaient même pas l'existence de la Fifa auparavant, vont être d'un coup abreuvés d'informations sur ce scandale, et dans le marketing du sport aux Etats-Unis, il n'y a rien de tel qu'un peu de mauvaise publicité", ajoute-t-il.

Malgré la croissance du foot, le grand public n'avait pas conscience des guerres de pouvoir au sein de l'instance dirigeante, souligne encore Amy Bass, professeur d'histoire à l'Université de New Rochelle (Etat de New York), qui écrit souvent sur l'influence culturelle des sports.

Demandez à des enfants américains ce qu'est la Fifa, ils pensent tous qu'il s'agit d'un jeu vidéo, reprend Mme Bass. Mais maintenant que les Etats-Unis ont lancé cette enquête sur la corruption présumée dans le foot, un sport que beaucoup ne connaissent et ne pratiquent pas, les Américains vont en apprendre beaucoup sur ce sport.

La justice américaine s'estime compétente dans cette affaire parce que de l'argent de pots-de-vins versés à des dirigeants ont transité par des banques américaines.

Mme Bass conclut ainsi: "On n'est peut-être pas capable de jouer, mais on peut certainement enquêter sur le milieu du foot."

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