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31/05/2015 06:50 EDT | Actualisé 31/05/2016 01:12 EDT

Afrique du Sud: la médiatrice "trop conciliante" avec Zuma sur le scandale de sa propriété

La médiatrice chargée de veiller au bon usage des deniers publics en Afrique du Sud, Thuli Madonsela, a estimé dimanche avoir été "trop conciliante" avec le président Jacob Zuma, accusé d'avoir luxueusement agrandi sa résidence privée aux frais du contribuable.

"J'ai estimé qu'il a bénéficié indûment (des travaux effectués dans sa résidence). En fait, ce fut une formulation plus conciliante. J'aurais dû dire qu'il (en) a bénéficié indûment et illégalement", a-t-elle déclaré à l'hebdomadaire dominical City Press, alors que le gouvernement a dédouané M. Zuma.

Thuli Madonsela avait jugé en mars 2014 que le président avait indûment profité du chantier de 246 millions de rands (18 millions d'euros) engagé pour améliorer la sécurité de son domaine de Nkandla (est), au coeur du pays zoulou.

Elle avait notamment dénoncé la construction d'une piscine, d'un amphithéâtre, d'un enclos à bétail, d'un poulailler et d'un centre d'accueil des visiteurs, et avait engagé M. Zuma à "rembourser un pourcentage raisonnable des coûts".

Jacob Zuma, après avoir demandé plusieurs rapports à des institutions qu'il contrôle, a finalement décidé que le ministre de la Police Nathi Nhleko aurait le dernier mot. Celui-ci a longuement expliqué jeudi que les aménagements incriminés étaient tous destinés à améliorer la sécurité du chef de l'Etat et que M. Zuma n'aurait donc rien à payer.

"Le président doit payer. J'ai déjà dit cela", a insisté Thuli Madonsela, estimant que le rapport du ministre était rempli "de demi-vérités, d'inexactitudes et de distorsions".

Le ministre de la Police aurait dû, selon elle, "enlever toutes les choses qui dans le rapport ne concernent pas la sécurité, les estimer et ensuite convenir de ce qu'il est humainement juste et raisonnable que le président paie".

La médiatrice a estimé que la Cour constitutionnelle devrait être saisie pour déterminer les pouvoirs des uns et des autres, estimant que le gouvernement ne peut ainsi ignorer ses conclusions.

Le ministre Nhleko avait notamment expliqué jeudi, vidéo à l'appui, que la piscine permet aux pompiers d'agir en cas d'incendie.

Et tandis que l'agence News24 a calculé que le président aurait pu se payer une piscine olympique pour le prix, City Press relève dimanche, citant un récent rapport d'inspection, qu'il n'y a aucun extincteur dans toute la propriété de Nkandla, et plus généralement que le système de lutte anti-incendie y est largement déficient.

liu/mba