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29/05/2015 00:45 EDT | Actualisé 28/05/2016 01:12 EDT

Ton agressif dans le débat politique sur l'immigration au Danemark

Dits "indésirables" ou d'une "civilisation inférieure", les étrangers au Danemark sont heurtés par le ton agressif du débat politique sur l'immigration, et ce n'est pas l'entrée en campagne électorale qui devrait calmer les choses.

"La dernière fois que j'ai regardé le journal télé (...) ils avaient quatre reportages principaux et trois racontaient comment les immigrés gâtaient tout", dit Kelly Draper, enseignante britannique arrivée il y a sept ans.

Le pays organise des législatives le 18 juin, avec comme favori l'opposition de droite selon les sondeurs. L'un des grands enjeux est le score du Parti populaire danois (DF), parti de droite anti-immigration arrivé en tête aux européennes de 2014.

Ses élus peuvent avoir des mots très durs, ses détracteurs déplorant régulièrement des remarques racistes. Et les étrangers du Danemark ont du mal à s'y habituer, même en connaissant l'histoire récente d'un pays qui voyait il y a 10 ans des musulmans brûler son drapeau à cause de la publication de caricatures de Mahomet dans le quotidien Jyllands-Posten.

"Je suis juif donc je dis toujours [aux Danois] que vous remplacez le mot musulmans par juifs, et vous avez l'Allemagne des années 30", explique David Miller, Américain qui vit à Copenhague.

Pour le DF, le fascisme est de l'autre bord. Des parlementaires ont comparé le voile islamique à la croix gammée, le Coran à "Mein Kampf" et affirmé que l'islam était "la plus grave menace à notre civilisation".

L'ancienne présidente du parti Pia Kjaersgaard considère que certains quartiers au Danemark sont "peuplés de gens venus d'un niveau de civilisation inférieur". Le député européen Anders Vistisen voit dans la croissance démographique des pays musulmans "le plus grand défi pour l'humanité".

"Concernant la situation des Juifs en Europe: les musulmans reprennent là où Hitler s'était arrêté. Seul le traitement qu'a subi Hitler retournera la situation", avait écrit sur Twitter l'an dernier Mogens Camre, conseiller municipal d'une ville de la banlieue de Copenhague et ancien parlementaire européen.

- 'Arrivants indésirables' -

Le DF est peut-être le parti de ce bord le plus influent en Europe. Et avec des intentions de vote proches de 20%, sur fond de craintes d'arrivée massive de réfugiés, il a toutes les raisons de maintenir sa ligne.

En soutenant un gouvernement de droite de 2001 à 2011, il avait contribué à doter le Danemark d'une des législations les plus strictes en Europe sur l'immigration. Réclamera-t-il cette fois des postes ministériels ? Il a laissé cette question dans le flou.

Avec le temps, la séparation avec le parti de droite classique Venstre est devenue moins nette.

"Il y a une grande différence dans la capacité et la volonté d'intégration selon qu'on est un Américain ou un Suédois chrétien, ou un Somalien ou un Pakistanais musulman qui arrive ici", écrivait à l'été 2014 un député influent de Venstre, Inger Støjberg. Il suggérait de faire de la religion un critère dans la sélection des immigrés.

Les sociaux-démocrates, qui promettaient durant la campagne de 2011 de défaire certaines dispositions compliquant l'immigration, ont aussi revu leur discours. La progression du DF dans les classes populaires en est une raison.

En octobre, leur porte-parole sur l'immigration avait été critiquée pour avoir qualifié les réfugiés d'"arrivants indésirables, quelle que soit la manière dont on considère la question". En mars, une affiche du parti montrait le Premier ministre Helle Thorning-Schmidt avec ce slogan: "Si vous venez au Danemark c'est pour travailler".

Les attentats commis en février par un Danois d'origine palestinienne, Omar El-Hussein, qui a tué deux personnes, ont souligné cruellement les ratés de l'intégration. Comme beaucoup d'autres musulmans qui ont du mal à trouver un emploi stable, le jeune homme de 22 ans se sentait étranger à une société dans laquelle il ne trouvait pas sa place.

Deux mois auparavant, un sondage avait montré que 44% des Danois avaient "parfois honte du débat sur l'immigration" dans le pays. Un tiers des sondés turcs ou d'origine turque envisageaient même de partir pour cette raison.

Le porte-parole du DF sur l'immigration, Martin Henriksen, qui a déjà décrit l'islam comme "un mouvement terroriste" mais préfère parler maintenant d'une "idéologie de conquête", ne voit pas les raisons d'avoir honte.

"Il y a des gens qui pensent qu'il est raciste de dire que 20% des détenus au Danemark viennent d'une famille musulmane", dit à l'AFP ce député. "Mais ce n'est qu'un fait, c'est la réalité, et donc je pense qu'il faut le dire tout simplement et avoir un débat en se fondant là-dessus".

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