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29/05/2015 10:02 EDT | Actualisé 29/05/2016 01:12 EDT

Solitaire du Figaro - Trois femmes seulement au départ: "décourageant" (Joschke)

La navigatrice franco-allemande Isabelle Joschke, 38 ans, l'une des trois femmes engagées dans la Solitaire du Figaro 2015 sur 39 participants, se désole d'une participation féminine aussi faible, une situation qu'elle juge "un peu ridicule, voire décourageante".

Q: La voile n'a jamais été aussi populaire en France mais il y a toujours aussi peu de femmes au départ des courses, en solitaire comme en équipage: deux dans la Solitaire du Figaro 2014, trois en 2015... Que faut-il faire pour que ça change?

R: "Il n'y a pas de solution miracle mais plein de petites choses à imposer dans notre société. Aborder cette question dès l'école, par exemple, pour sensibiliser les jeunes à la question et encourager les femmes à se lancer. Car aujourd'hui, la situation est un peu ridicule, voire décourageante. On a besoin d'actions concrètes car pour le moment, on ne fait qu'en parler. C'est aussi à nous, les femmes, de l'imposer. Dans les grandes courses en équipage (comme la Volvo Ocean Race, ndlr), il faudrait introduire la mixité obligatoire. Même si les débuts sont difficiles, c'est comme ça qu'on créera de la compétence. Les filles profiteront de l'expérience des hommes qui seront avec elles".

Q: Vous participez pour la 7e fois à la Solitaire du Figaro. Vous avez fini 16e en 2014 et visez une place dans les 10 premiers cette année. Au-delà du résultat, qu'est-ce qui vous pousse à revenir dans cette course et que faut-il faire pour la remporter?

R: "L'intérêt du +Figaro+, c'est son niveau sportif. Les vainqueurs potentiels ont une grosse expérience de ce bateau et de la régate en général. C'est fondamental. Il faut avoir beaucoup travaillé, avoir une approche carrée, professionnelle et, bien sûr, du talent. Mais beaucoup de rigueur en amont. Les vainqueurs des dernières années -comme Jérémie Beyou (2005-2011-2014), Yann Eliès (2012-2013), Armel Le Cléac'h (2003-2010)-, tous se sont investis, engagés à fond. Il y a encore des amateurs dans cette course mais il n'y a plus beaucoup de touristes. Mais ce qui est peut-être le plus intéressant, c'est le chemin sur soi qu'il faut accomplir".

Q: Le niveau général augmente-t-il?

R: "Je ne sais pas. J'ai l'impression qu'il est déjà au maximum et qu'il pourrait difficilement être plus élevé. La flotte est très homogène. Certains coureurs affirment même que la Solitaire du Figaro est plus dure que la Route du Rhum".

Q: Qu'est-ce qu'il y a de plus dur, dans cette course? Les manoeuvres, la navigation?

R: "L'enchaînement des manoeuvres, c'est ça qui est le plus dur. Une de temps en temps, ça va. Mais quand il y en a beaucoup et que le vent est fort, c'est épuisant. Dimanche (date du départ de Pauillac, à 50 km de Bordeaux, ndlr), il va falloir enchaîner 50 à 60 virements de bord pour sortir de la Gironde. A un moment, je sais que je vais éprouver de la fatigue et cela se ressentira au niveau des manoeuvres. Ce bateau est très physique..."

Q: Justement, une réflexion a été engagée par la classe pour trouver d'ici à 2019 un successeur au Figaro Bénéteau 2, utilisé dans la Solitaire depuis 2003. Quel est votre bateau idéal?

R: "On a besoin d'un bateau qui plane (au portant), aille plus vite et soit plus léger que l'actuel (3 tonnes, ndlr). Il faut que le prochain soit plus puissant, avec donc plus de volume à l'avant. Et qu'il soit un peu plus petit, pour garder le même budget. S'il est plus petit, 8, 9 mètres (contre 10,10 m au Figaro 2, ndlr), ça donnera plus de chances aux petits gabarits, donc aux femmes".

Propos recueillis par Hervé GUILBAUD

heg/gv