NOUVELLES
29/05/2015 16:06 EDT | Actualisé 29/05/2016 01:12 EDT

La NSA pourrait perdre une partie de ses grandes oreilles dimanche

L'Agence nationale de sécurité (NSA) pourrait débrancher dimanche les serveurs qui lui permettent de collecter les métadonnées des appels téléphoniques aux Etats-Unis, faute d'un accord politique pour reconduire le programme controversé révélé par Edward Snowden et qui arrive à expiration lundi à 00H00.

Le Sénat est convoqué dimanche à la dernière minute pour tenter de trouver une solution, mais l'équation politique, qui nécessite un accord avec la Chambre des représentants et la Maison Blanche est passablement compliquée.

S'il n'y a pas d'accord dans l'après-midi sur la section 215 du Patriot Act, à 15h59 dimanche (19H59 GMT) la NSA devra commencer à débrancher les serveurs collectant les métadonnées des appels passés aux Etats-Unis (horaire, durée, numéro appelé, mais pas leur contenu), pour qu'aucune donnée ne puisse être collectée après minuit.

L'ex-consultant de la NSA Edward Snowden qui, en 2013, avait porté à la connaissance du grand public effaré l'ampleur de ce programme de collecte, remporterait ainsi une victoire éclatante.

La Maison Blanche et la Chambre des représentants sont d'accord sur une nouvelle loi permettant de continuer le stockage des métadonnées mais en le confiant aux opérateurs téléphoniques, et non à la NSA.

Mais le Sénat refuse pour l'instant d'approuver le texte, baptisé USA Freedom Act, qui est bloqué par une coalition de républicains aux arguments totalement opposés mais unis par leur volonté de saborder la réforme.

Certains, comme le chef de la majorité républicaine au Sénat Mitch McConnell, estiment que le texte déshabille trop la NSA. D'autres, comme le libertarien Rand Paul, trouvent qu'il n'en fait pas assez pour démanteler ce dispositif de "surveillance" des Américains, une position qui est aussi celle d'organisations de défense de la vie privée .

"Je n'ai entendu aucune explication rationnelle sur ce qui se passe au Sénat en ce moment", a ironisé vendredi le porte-parole de la Maison Blanche, Josh Earnest. "L'administration est restée en contact avec les sénateurs cette semaine" pour tenter de trouver une solution, et "éliminer un risque inutile pour notre sécurité nationale", a-t-il ajouté.

Des sources anonymes à la Maison Blanche insistent sur la nécessité de continuer à collecter les métadonnées, au moment où les menaces terroristes restent très présentes.

Le groupe jihadiste Etat islamique "a une stratégie maintenant qui est d'encourager à peu près tout le monde à prendre les armes et à lancer une attaque terroriste aux Etats-Unis", soulignait cette semaine l'une d'entre elles.

Des recherches dans les métadonnées peuvent permettre à des agences comme la police fédérale FBI de montrer qu'un suspect "a été en contact avec un de ces terroristes à l'étranger, en Syrie ou en Irak", a-t-il estimé.

- Pas le dispositif le plus utile -

Cependant, la collecte de données téléphoniques n'est probablement pas la plus importante pièce du dispositif de la surveillance de la NSA, estiment des spécialistes.

"Le consensus d'anciens et d'actuels responsables du renseignement est que si la collecte de métadonnées est utile, elle est la moins utile de tous les outils" utilisés par les agences de renseignement, avait ainsi estimé James Lewis, un spécialiste du renseignement et de la cybersécurité au groupe de réflexion CSIS, dans un rapport publié en décembre 2014.

"S'il fallait renoncer à un programme, ce serait celui-là" car c'est celui qui manquerait le moins aux services de renseignement, avait poursuivi ce partisan du maintien de programmes de surveillance par la NSA, en avertissant toutefois que cela se ferait avec "une augmentation du risque".

Restreindre la collecte de métadonnées rend par exemple "plus difficile et plus long" le travail de renseignement une fois qu'une attaque a eu lieu, avait-il averti.

L'autre grand programme controversé (Prism) mis au grand jour par Edward Snowden concerne les interceptions de communications de non-Américains, réalisés auprès des géants américains de l'informatique et de l'internet comme Microsoft, Yahoo, Google, ou Facebook.

Mais ce programme n'est pas concerné par les débats actuels, au grand regret de défenseurs du droit à la vie privée comme Amnesty International.

Début mai, une cour d'appel fédérale à New York a jugé illégal le programme de collecte des métadonnées. Mais elle n'avait pas voulu l'interrompre car il arrivait à expiration et que le Congrès devait à nouveau légiférer sur le sujet.

L'approche de la Maison Blanche et de la chambre des Représentants est soutenue par des dizaines d'entreprises internet et informatiques dont l'image avait souffert en raison de leur coopération supposée avec la NSA.

bur-rl-lby/sha

MICROSOFT

YAHOO!

GOOGLE

FACEBOOK