NOUVELLES
29/05/2015 05:40 EDT | Actualisé 29/05/2016 01:12 EDT

La cigarette bannie lundi des lieux publics à Pékin... en théorie

A partir de lundi, il sera interdit de fumer dans les espaces publics fermés à Pékin, en tout cas en principe car, au royaume du tabac, on peut douter d'une mise en oeuvre réelle de cette campagne qui se veut exemplaire.

Dans un pays où l'on tire volontiers sur sa cigarette au restaurant, en prenant l'ascenseur ou en montant dans un taxi, la capitale entend se montrer d'une fermeté inédite en Chine, en s'inspirant des législations des pays développés.

Les sites commerciaux qui échoueraient à faire respecter l'interdiction encourront une amende allant jusqu'à 10.000 yuans (1.500 euros), tandis que les fumeurs pris en faute écoperont d'un PV de 200 yuans (30 euros).

Le tabac sera également banni de certains espaces en plein air, comme les enceintes scolaires ou sportives, ou les hôpitaux. Les publicités des grands cigarettiers deviennent prohibées en extérieur.

Contrairement à de précédents engagements très peu respectés dans les faits, les autorités semblent cette fois accorder plus d'importance à cette campagne sanitaire, notamment avec une ambitieuse opération de sensibilisation médiatique, à laquelle ont participé des vedettes du show business.

Mais il s'agit d'abord et avant tout de rattraper un retard coupable qui a placé la Chine, premier pays producteur et consommateur, en queue de peloton de la lutte antitabac mondiale.

Plus d'un tiers des cigarettes fabriquées dans le monde sont fumées en Chine et elles y restent très peu chères. Le pays compte plus de 300 millions de fumeurs et un Chinois sur deux est tabaco-dépendant. Le tabagisme y cause la mort d'une personne toutes les 30 secondes et son coût à l'échelon national atteint des milliards d'euros.

C'est dire si l'expérience de Pékin, métropole de plus de vingt millions d'habitants, se révèlera cruciale pour l'éventuelle extension de la loi au niveau national.

- Détermination et... circonspection -

"Cette législation à Pékin représente l'avant-garde de ce que nous pensons être l'attitude à adopter", estime Bernhard Schwartlaender, le représentant de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) dans le pays.

Mais la circonspection est de mise après de précédentes annonces sans lendemain.

En 2011, sous pression de l'OMS, la Chine avait adopté une loi interdisant partout de fumer dans les espaces publics. Mais aucune campagne de sensibilisation digne de ce nom n'avait été prévue et le texte est demeuré largement inappliqué.

Personne n'a oublié non plus que les autorités chinoises avaient promis des jeux Olympiques (en 2008 à Pékin) et une Exposition universelle (en 2010 à Shanghai) "non-fumeurs", avant d'être démenties dans les faits.

"Attendons de voir. On ne s'attend pas à ce que cela se fasse sans accroc", tempère M. Schwartlaender.

Une prudence partagée par les experts locaux. "Il ne serait pas réaliste d'abolir complètement le tabac à l'intérieur des lieux publics, car il y a trop de gens qui fument", estime ainsi Yang Gonghuan, directrice-adjointe du Centre chinois de lutte contre les maladies. "La question clé sera de savoir s'il y a un contrôle".

En train de griller une cigarette devant son restaurant, où les clients attablés font de même, le chef de cuisine Li Tiecheng confie ses doutes. "Je ne crois pas qu'une mesure législative sera suffisante. C'est avant tout une question d'éducation".

Selon les spécialistes, le monopole d'État de l'industrie du tabac, qui rapporte près d'un dixième des recettes fiscales nationales, fait obstacle aux mesures antitabac.

La compagnie étatique China National Tobacco Corporation (CNTC) est de loin le premier cigarettier mondial, avec une production trois fois supérieure à celle de son premier concurrent, Philip Morris.

La très influente et opaque CNTC a un quasi-monopole sur le marché chinois. En 2012, son chiffre d'affaire d'environ 170 milliards de dollars dépassait celui d'Apple.

els-seb/jug/at