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29/05/2015 14:09 EDT | Actualisé 29/05/2016 01:12 EDT

L'EI frappe de nouveau une mosquée chiite en Arabie saoudite, trois morts

Le groupe jihadiste sunnite Etat islamique (EI) a revendiqué vendredi un attentat suicide meurtrier contre des fidèles chiites en Arabie saoudite, pour la deuxième fois en une semaine malgré des mesures de sécurité renforcées.

Au moins trois personnes ont été tuées dans cette explosion devant une mosquée chiite à Dammam, dans l'est de ce royaume à majorité sunnite, a indiqué le ministère de l'Intérieur en soulignant que les forces de sécurité avaient réussi à mettre en échec une attaque plus grave.

"Les autorités ont déjoué un crime terroriste visant les personnes participant à la prière à la mosquée Al-Anoud", dans la capitale de la Province orientale où se concentre la minorité chiite du pays, a-t-il dit dans un communiqué.

Le kamikaze "a détonné sa ceinture d'explosifs quand les responsables de la sécurité se sont dirigés vers lui", a ajouté le ministère, qui a précisé que l'attaque avait aussi blessé quatre personnes.

L'attentat a été revendiqué par l'EI sur Twitter: "Le soldat du califat Abou Jandal al-Jazrawi a réussi à atteindre sa cible malgré les importantes mesures mises en place pour protéger" la mosquée, selon une déclaration du groupe.

- 'Chasser les chiites' -

Selon Nassima al-Sada, arrivée sur les lieux juste après l'attaque, le kamikaze s'est fait exploser après que des membres volontaires des forces de sécurité ont voulu l'empêcher de pénétrer dans la partie de la mosquée réservée aux femmes.

Le lieu de culte avait été interdit aux femmes ce vendredi pour des questions de sécurité après une précédente attaque contre une mosquée chiite la semaine dernière dans cette même Province orientale, a-t-elle ajouté.

Le 22 mai, un kamikaze de l'EI avait commis un attentat lors de la prière musulmane hebdomadaire dans une mosquée chiite à Qatif, faisant 21 morts et blessant une centaine de personnes.

C'était la première attaque revendiquée sur le sol saoudien par le groupe ultraradical sunnite, qui sévit notamment en Irak et en Syrie.

Responsable d'attentats dans plusieurs pays arabes, l'EI, qui exècre la communauté chiite, avait alors menacé de "chasser les chiites de la péninsule arabique".

L'attentat du 22 mai était aussi l'attentat le plus sanglant dans le royaume depuis la vague d'attentats d'Al-Qaïda entre 2003 et 2006.

Il a provoqué une onde de choc dans la société saoudienne, alors que les tensions confessionnelles sont déjà palpables sur les réseaux sociaux et dans le discours de certains religieux hostiles aux chiites.

L'attentat avait été condamné par le roi Salmane qui a promis que les auteurs recevraient "la punition qu'ils méritent".

Le kamikaze était un saoudien, selon les autorités saoudiennes.

Les autorités de Bahreïn, royaume voisin dirigé par une dynastie sunnite mais où les chiites sont majoritaires, ont condamné vendredi "un attentat terroriste" qui "vise à alimenter les divisions confessionnelles".

Au Caire, la prestigieuse institution de l'islam sunnite Al-Azhar a mis en garde dans un communiqué contre les "complots" dont l'objectif était de déclencher "des conflits sectaires infâmes", soulignant "le caractère sacré du sang et des maisons de Dieu".

- 'Résultat dangereux' -

Pour Frederic Wehrey, un analyste au Carnegie endowment for International peace, "le résultat dangereux de ces attaques c'est que les chiites perdent la foi dans leurs services de sécurité, et la possible formation d'unités d'auto-protection".

Après la première attaque, des Saoudiens ont organisé des comités de sécurité pour fouiller les personnes qui entrent dans les mosquées pendant les prières. Certains avaient en outre déploré le peu de protection fournie à leur lieux de culte.

La minorité chiite se concentre dans l'est de l'Arabie saoudite, riche en pétrole, et se plaint de discrimination. Cette région a été secouée par un mouvement de contestation, dans le sillage du Printemps arabe en 2011, qui a fait une vingtaine de morts.

Un habitant de Damman interrogé par l'AFP a toutefois expliqué que la communauté chiite ne laisserait pas les auteurs d'attentat créer des divisions confessionnelles. "Nous ne les laisserons pas parvenir à leurs fins, nous continuerons à travailler main dans la main (avec les sunnites)", a-t-il assuré.

Amnesty International a de son côté appelé les autorités saoudiennes à "prendre des mesures immédiates" pour protéger la communauté chiite du pays et "mettre un terme à des décennies de discrimination systématique".

Ces attaques sur le sol saoudien ont eu lieu malgré des mesures de sécurité préventives motivées notamment par la participation de Ryad aux raids contre l'EI en Syrie et sa campagne aérienne, au sein d'une coalition arabe, contre les rebelles chiites au Yémen voisin.

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