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29/05/2015 09:04 EDT | Actualisé 29/05/2016 01:12 EDT

Birmanie et Bangladesh promettent de s'attaquer aux "racines" de la crise des migrants en Asie du Sud-Est

La Birmanie et le Bangladesh, au coeur de l'exode des migrants en Asie du Sud-Est, se sont engagés à s'attaquer aux "racines" de la crise lors d'une réunion régional à Bangkok, alors que plus de 700 boatpeople entassés sur un bateau de pêche ont encore été récupérés vendredi par la marine birmane.

Les 17 pays réunis à Bangkok, de la Malaisie à l'Afghanistan, ont réussi à se mettre d'accord sur la nécessité de "s'attaquer aux racines et à améliorer la vie des communautés à risque", avec des "créations d'emplois" et des "aides au développement" dans leurs "zones à risque".

Mais cette déclaration finale prend bien soin de ne pas mentionner le mot "Rohingya" (nom que se donne une minorité musulmane forte de quelque 1,3 million d'habitants en Birmanie), qui fait sortir les Birmans de leurs gonds.

La Birmanie considère en effet les membres de cette minorité musulmane comme des immigrés du Bangladesh voisin. Les Rohingyas, qui prennent la mer par milliers, sont vus comme une menace envers l'identité bouddhiste dominante. Apatrides, ils n'ont accès ni aux hôpitaux, ni aux écoles, ni au marché du travail.

Les autorités birmanes sont d'ailleurs restées ambiguës, comme à leur habitude, sur l'origine des plus de 700 migrants découverts entassés sur un bateau de pêche au large de ses côtes.

Ces 608 hommes, 74 femmes et 45 enfants sont des "Bangladais", un nom qui désigne en birman aussi bien les habitants du Bangladesh que les Rohingyas. Ils ont été conduits vers l'île de Haigyi, au large des côtes occidentales de la Birmanie.

La montée des violences communautaires a fait en 2012 quelque 200 morts dans l'ouest de la Birmanie, essentiellement des musulmans, et 140.000 déplacés. Cela a accéléré un exode en mer existant déjà depuis plusieurs années.

Autour de ce sujet tabou, la réunion de Bangkok avait mal débuté. "Vous ne pouvez pas stigmatiser mon pays", a lancé le chef de la délégation birmane, Htin Lynn, visiblement énervé par des remarques du représentant du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Résoudre les causes de la crise "nécessitera que la Birmanie assume entièrement ses responsabilités, envers tous ses habitants", avait déclaré un peu plus tôt Volker Türk, haut-commissaire adjoint pour les réfugiés.

Après une journée de discussions, Volker Türk a rétropédalé et assuré que les discussions s'étaient révélées "très positives et constructives" et que c'était "mal de se focaliser sur un pays".

La réunion a cependant été critiquée pour son absence d'annonce de politique régionale coordonnée.

- 'Un échec' -

"La réunion de Bangkok est un échec, les délégués évitant de parler des problèmes-clefs de la crise des migrants", a critiqué l'organisation des Parlementaires de l'Asean pour les droits de l'Homme, dénonçant la complaisance envers une Birmanie.

La secrétaire d'Etat américaine adjointe Anne Richard s'est félicitée du consensus sur le fait que la Birmanie et le Bangladesh sont les pays-clefs de ce problème.

A la tête d'une délégation américaine venue en observateur, elle a cependant fait part de ses inquiétudes quant au suivi des migrants, arrivés par milliers ces dernières semaines en Thaïlande, en Indonésie et en Malaisie.

"Ce qui nous tient à coeur, c'est que les migrants soient capables de partir légalement et soient vus comme une potentielle force positive pour les économies de la région", a-t-elle insisté, après avoir utilisé le mot "rohingya" devant la presse, avant le début des discussions.

L'ONG Human Rights Watch, qui avait exhorté les délégations à "demander aux délégués birmans de cesser immédiatement les mesures répressives et le déni des droits élémentaires qui conduisent les Rohingyas à fuir" a estimé "ne pas avoir confiance" dans l'engagement pris par la Birmanie vendredi à Bangkok, en l'absence de réforme de fond.

Cette problématique s'est retrouvée sur le devant de la scène depuis que des milliers de boatpeople ont été abandonnés en mer par leurs passeurs, à la suite d'une politique soudain répressive de la Thaïlande, pays de transit habituel, ayant eu pour effet de désorganiser les filières.

Ces dernières semaines, plus de 3.500 migrants affamés sont arrivés en Thaïlande, en Malaisie et en Indonésie. D'autres seraient encore pris au piège dans des bateaux en pleine mer.

Les pays de la région s'étaient attirés les foudres de l'ONU et d'organisations humanitaires en refoulant vers le large des navires de migrants, avant que l'Indonésie et la Malaisie ne fassent volte-face récemment et annoncent qu'elles allaient secourir et offrir un accueil temporaire aux candidats à l'exil.

La Thaïlande a annoncé avoir donné l'autorisation aux Etats-Unis d'entrer dans l'espace aérien thaïlandais pour effectuer des vols de surveillance, à la recherche de bateaux en détresse.

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