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29/05/2015 13:03 EDT | Actualisé 29/05/2016 01:12 EDT

A400M : un "problème de qualité" qui s'ajoute à des difficultés de gestation

Le "problème de qualité dans l'assemblage" de l'A400M reconnu par Airbus Group vient s'ajouter aux difficultés de gestation de cet avion militaire emblématique, dont un exemplaire s'est écrasé en Espagne début mai, faisant quatre morts et deux blessés graves.

"Il n'y pas de défaut structurel, mais nous avons un sérieux problème de qualité dans l'assemblage final" de l'A400M, a admis le directeur de la stratégie d'Airbus Group, Marwan Lahoud, cité jeudi par le quotidien allemand Handelsblatt.

"Les boîtes noires le confirment", a-t-il poursuivi, en indiquant avoir pris connaissance de leur contenu pour la première fois depuis l'accident du 9 mai à Séville. Ces résultats coïncident avec les "analyses internes" du groupe, a ajouté M. Lahoud.

Le groupe a pris soin de préciser que les propos de son dirigeant ne préjugeaient pas des conclusions des investigations menées par les autorités espagnoles.

"Tant que la Commission d'enquête technique des accidents des aéronefs militaires n'a pas communiqué il est trop tôt pour déterminer les causes de l'accident", a indiqué une porte-parole d'Airbus Group à l'AFP.

"Il est rare qu'on soit aussi précis et qu'on reconnaisse des lacunes. Cela veut dire qu'elles sont patentes", a toutefois estimé Loïc Tribot La Spière, directeur du Centre d'études et de prospective stratégique (CEPS).

Pour autant, a-t-il ajouté, l'accident de Séville "ne remet pas en cause le produit lui-même", mais de nouveaux surcoûts sont à prévoir car la résolution des "lacunes" industrielles d'Airbus entraînera "des retards significatifs dans les livraisons".

Airbus Group a d'ores et déjà annoncé avoir passé une provision de 551 millions d'euros sur son exercice 2014 afin de prendre en compte les nouveaux retards enregistrés par l'A400M.

Cela créera en outre "un frein à la promotion à l'exportation, au moins durant quelques mois", prédit Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

Il estime toutefois que l'A400M "a un marché potentiel (...) beaucoup plus important que celui du Rafale". "Cet avion aura au moins une durée commerciale de 25 ans", et "dans dix ans, on aura oublié tout ça", ajoute-t-il.

- 'indispensable' -

Les experts du secteur de la défense soulignent par ailleurs que les difficultés de l'A400M ne sont pas inédites pour un appareil aussi complexe et à la carrière aussi jeune, même si les conséquences ne sont pas toujours aussi tragiques.

Malgré tout, l'intervention de M. Lahoud vient alimenter les questionnements autour de ce programme qui a connu difficultés, surcoûts et retards depuis son lancement en 2003.

Le premier appareil a été livré avec quatre ans de retard à partir d'août 2013, et la facture totale du programme a atteint 28 milliards d'euros, contre un peu plus de 20 milliards prévus à l'origine.

Elle intervient quelques jours après la diffusion par Airbus Defence and Space, la branche militaire et spatiale d'Airbus Group, d'une note d'alerte opérationnelle aux clients de l'A400M leur demandant d'effectuer une inspection de leur flotte.

Cette note demandait aux exploitants d'effectuer des contrôles spécifiques et réguliers de l'unité de contrôle électronique sur chaque moteur de l'avion avant le vol.

Et en janvier, le patron d'Airbus Group Tom Enders avait dû présenter des excuses aux autorités britanniques pour les retards dans les livraisons, avant d'annoncer une réorganisation complète de sa filiale Airbus Defence and Space et la désignation d'un nouveau patron de la branche aviation militaire, Fernando Alonso, jusque-là en charge des essais en vol.

Pour l'heure, quatre pays clients de l'A400M, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, la Turquie et la Malaisie, ont décidé de suspendre les vols dans l'attente des résultats de l'enquête espagnole.

Seule la France, qui en possède six sur les douze en service, a décidé de maintenir l'utilisation de ses avions de transport pour les seuls vols prioritaires en opération.

"Nous avons mis en place des mesures de précaution et nous continuons à faire confiance à cet avion qui est indispensable à nos opérations", a justifié le chef d'état-major de l'armée de l'air française, le général Denis Mercier, lors d'une cérémonie de baptême du sixième A400M français jeudi à Colmar.

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