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25/05/2015 09:15 EDT | Actualisé 25/05/2016 01:12 EDT

Visite historique du Premier ministre serbe en Albanie

Le Premier ministre Aleksandar Vucic effectuera mercredi une visite historique à Tirana, la première d'un chef de gouvernement serbe en Albanie, avec pour but l'amélioration des fragiles relations entre les deux nations, cruciale pour la stabilité dans les Balkans.

M. Vucic retrouve son homologue Edi Rama, six mois après leur première rencontre en Serbie, pour discuter des questions qui enveniment leurs relations.

Il s'agit notamment de l'indépendance du Kosovo majoritairement albanais que Belgrade ne reconnaît pas et de la question de la minorité albanaise de Serbie qui réclame davantage d'autonomie, voire un rattachement au Kosovo.

"Nous souhaitons approfondir la collaboration avec la Serbie et avancer ensemble sur la voie de la paix, de la coopération et de l'intégration dans l'Union européenne", a déclaré M. Rama à l'AFP avant cette visite.

"Je suis convaincu que l'Albanie et la Serbie, les Albanais et les Serbes, peuvent faire ensemble aujourd'hui pour les Balkans ce que la France et l'Allemagne ont fait pour l'Europe après la Seconde guerre mondiale", a-t-il dit.

De son côté, M. Vucic, cité par la presse serbe, a affirmé qu'il attendait avec optimisme cette visite et souligné que les différends ne pouvaient être réglés que par la voie du dialogue.

Pour l'analyste politique serbe Dusan Janjic, "l'amélioration des relations entre Tirana et Belgrade est la clé de la stabilité dans les Balkans". "Le Kosovo sera le principal obstacle à surmonter", a-t-il estimé.

Cette visite est encourageante même si elle "ne pourra pas effacer des décennies d'hostilité et de refroidissement", a noté l'analyste politique albanais, Skender Minxhozi.

"Depuis des années, la communauté internationale fait pression pour un rapprochement entre Tirana et Belgrade en faveur de la paix et de la stabilité (...) et cette visite est une occasion historique pour le prouver", a-t-il souligné.

- La Serbie redoute la création d'une "Grande Albanie" -

Les tensions entre Serbes et Albanais sont aussi entretenues par la crainte de Belgrade d'une "Grande Albanie", un projet nationaliste visant à réunir tous les Albanais en un seul État, dont le Kosovo, ainsi que des parties de la Macédoine et de la Serbie, où ils sont majoritaires.

Un conflit armé a opposé les forces de Belgrade à une guérilla indépendantiste au Kosovo en 1998-99, poussant l'Otan à intervenir au printemps 1999. Les frappes aériennes avaient provoqué le retrait des forces serbes, et le Kosovo a déclaré son indépendance en 2008.

Depuis, la Serbie dénonce sans relâche un projet de "Grande Albanie" qu'elle affirme être parrainé par Tirana, tandis que les autorités albanaises et kosovares assurent qu'un tel plan n'existe pas.

En novembre, la visite de M. Rama à Belgrade, la première d'un chef de gouvernement albanais en 68 ans, avait achoppé sur la question du Kosovo. M. Rama avait alors demandé à son homologue de reconnaître la réalité du Kosovo indépendant, provoquant l'ire de son hôte.

Initialement, la visite même de M. Rama avait été mise en doute et reportée de trois semaines à la suite des graves incidents, le 14 octobre à Belgrade, qui avaient entraîné l'arrêt du match de football Serbie-Albanie comptant pour les qualifications de l'Euro-2016.

Des supporteurs serbes avaient envahi la pelouse et agressé des footballeurs albanais, après le survol du stade belgradois par un drone portant un drapeau frappé d'une carte de la "Grande Albanie".

A Tirana, jeudi, M. Vucic prendra la parole à l'occasion d'un forum économique auquel participeront des dirigeants des pays de la région.

Sa visite se déroule dans un contexte tendu dans les Balkans, deux semaines après des affrontements meurtriers en Macédoine à Kumanovo (nord), entre un commando d'origine albanaise et la police macédonienne qui ont fait 18 morts, dont huit policiers.

Skopje a qualifié le commando de "terroriste", l'accusant de planifier des attaques contre les institutions de l'État.

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