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25/05/2015 07:31 EDT | Actualisé 25/05/2016 01:12 EDT

Soudan du Sud: la guerre du pétrole menace toute l'économie

Les rebelles menacent de s'emparer des derniers champs de pétrole encore en activité au Soudan du Sud, ce qui serait pour eux une victoire majeure et probablement le coup de grâce pour une économie agonisante, entièrement dépendante de l'or noir.

Les forces rebelles et l'armée gouvernementale s'affrontent depuis un an et demi sur plusieurs fronts le long du Nil Blanc, aux confins des Etats d'Unité, du Jonglei et du Haut-Nil, dans le nord du pays.

Dans l'Etat d'Unité, l'armée a annoncé avoir repris l'enclave stratégique de Leer après une vaste offensive lancée fin avril - une des plus violentes depuis le début de la guerre civile il y a 17 mois, avec comme d'habitude d'innombrables exactions.

Région natale de l'ancien vice-président devenu chef rebelle Riek Machar, Leer avait déjà été complètement mise à sac en janvier 2014.

Les rebelles ont répliqué la semaine dernière par une contre-attaque sur Malakal, capitale en ruine de l'État du Haut-Nil, qu'ils affirment contrôler. Malakal a changé sept fois de mains ces derniers mois.

Les rebelles ont également annoncé vouloir prendre le contrôle de la zone pétrolifère de Palouch toute proche, exigeant des sociétés y travaillant qu'elles évacuent leurs travailleurs.

Sous contrôle gouvernemental, les puits de Palouch, dont le pétrole transite par le Soudan avant d'être exporté par la mer Rouge, sont les derniers encore en fonctionnement au Soudan du Sud. La bataille en cours est donc cruciale.

La guerre avait éclaté en décembre 2013, lorsque le président sud-soudanais Salva Kiir avait accusé Riek Machar de fomenter un coup d'État. Le conflit a depuis été marqué par des exactions à grande échelle commises par les deux camps (massacres ethniques de civils - adultes comme enfants -, viols de masse, recours aux enfants-soldats...) et a fait des dizaines de milliers de morts et plus de deux millions de déplacés.

- Risque de 'guerre régionale' -

Les revenus pétroliers ont représenté jusqu'à 90% des maigres ressources nationales, ce qui en fait une des économies les plus dépendantes au monde de l'or noir. Derrière le Nigeria et l'Angola, le sous-sol sud-soudanais abrite les troisièmes plus grandes réserves d'Afrique sub-saharienne.

"Palouch est le tuyau par où coule l'entière économie du Soudan du Sud", résume Luke Patey, auteur de "The New Kings of Crude", ouvrage de référence sur le pétrole soudanais.

"Si Palouch tombe et que la production s'arrête, les rebelles pourraient être tentés de chercher une victoire militaire totale, ou d'utiliser le pétrole comme un moyen de pression pour négocier un plus grand rôle dans un futur gouvernement", analyse M. Patey.

La télévision d'Etat a diffusé vendredi des images de violents combats à Melut, à 35 km à l'ouest de Palouch, montrant des chars gouvernementaux en train de faire feu tandis qu'un hélicoptère de combat Mi-24 - probablement de l'armée ougandaise, qui soutient le gouvernement dans ce conflit - fond sur la ville en flammes. Selon la télévision, les rebelles ont été repoussés de Melut.

Depuis le début de la guerre, la production pétrolière du Soudan du Sud, alors de 240.000 barils par jour, s'est effondrée d'environ 40%. Officiellement, elle est actuellement de 165.000 barils par jour, mais serait en réalité plus proche de 130.000 et reste la principale source de revenus pour Juba, soit directement, soit par des prêts gagés sur la future production.

Sans le pétrole, le gouvernement perdrait donc sa principale source de financement du conflit.

De plus, la chute de Palouch pourrait mener à une "guerre régionale" impliquant le Soudan, qui impose de lourdes taxes au pétrole sud-soudanais transitant sur son territoire, ou encore l'Ouganda, dont les troupes soutiennent déjà Salva Kiir, prévient M. Patey.

Ateny Wek Ateny, un porte-parole de la présidence sud-soudanaise, estime injustifiées les critiques envers le gouvernement, qui dépense 40% de son budget pour la défense, et appelle à "réaliser que le pays est en guerre, et que cela a coïncidé avec la chute mondiale du cours du pétrole".

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