NOUVELLES
25/05/2015 12:27 EDT | Actualisé 25/05/2016 01:12 EDT

Migrants en Méditerranée: le Congolais Denis Mukwege déplore le silence des dirigeants africains

Le gynécologue congolais Denis Mukwege, prix Sakharov 2014 du Parlement européen pour les droits de l'Homme, a déploré lundi à Rome le silence des dirigeants africains face aux drames de l'immigration en Méditerranée.

Alors que les Européens "s'indignent quand il y a 1.800 morts, on aurait bien voulu qu'il y ait un sommet spécial des présidents (africains), ne serait-ce que pour pouvoir exprimer leur indignation et voir à leur niveau ce qu'ils peuvent faire pour éviter ces drames", a-t-il déclaré à l'AFP, en marge d'une conférence à Rome sur la Méditerranée.

Pour ce gynécologue, dont l'hôpital en République démocratique du Congo (RDC) est devenu un refuge pour des centaines de femmes victimes de violences sexuelles, "il faut engager les dirigeants africains à ce qu'ils fassent leur part pour éviter que ce trafic (de migrants) puisse continuer".

"Quand on voit des milliers de gens se noyer, on ne peut pas dire que l'Afrique n'a rien à faire, que les autorités africaines ne peuvent pas engager un système qui permette de pouvoir contrôler quelqu'un qui prend cette route de la mort", a assuré ce médecin.

Les Etats africains peuvent par exemple mieux contrôler les flux de départs, en particulier en Afrique centrale, même si cela n'aurait d'effet qu'à court terme.

"On peut mettre des barbelés, on peut faire des murs, on peut faire toutes les lois qu'on veut pour protéger l'Europe mais lorsque quelqu'un a cet instinct de survie, il est très difficile de pouvoir l'arrêter", a-t-il estimé.

Il est donc indispensable d'aider les Africains "à construire leur rêve en Afrique même", ce qui est aussi dans l'intérêt de l'Europe, a-t-il expliqué dans son intervention devant cette conférence.

Aujourd'hui, "la paix que vous connaissez ne peut être durable que s'il y a la paix ailleurs", a-t-il martelé. "Si vous devenez un îlot de paix isolé, la pression de l'insécurité ailleurs va être très forte sur les portes de l'Europe".

"Nous au Congo, on enterre tous les jours des gens qui sont tués et personne ne peut nous expliquer pourquoi ils meurent", a-t-il conclu.

ob/fcc/dom