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25/05/2015 09:23 EDT | Actualisé 25/05/2016 01:12 EDT

Les Espagnols ont voté pour le changement, les partis doivent le gérer

Les Espagnols, qui ont voté pour de nouvelles forces promettant de lutter contre la crise économique et la corruption, vont obliger leurs élus à apprendre à former des coalitions, soulignent lundi les analystes.

A six mois des élections législatives, le Parti Populaire du chef du gouvernement Mariano Rajoy a essuyé dimanche une sévère défaite dans des scrutins municipaux et régionaux sans que son adversaire traditionnel, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), récupère ses voix.

Ils ne totalisent plus à eux deux que 52% des votes, contre 65% il y a quatre ans. L'irruption de nouveaux partis a mis à mal leur hégémonie qui remonte à l'arrivée du PSOE en pouvoir en 1982.

Né en 2014, Podemos, allié du grec Syriza, s'est imposé comme troisième force dans une dizaine de régions sur les 13 qui votaient dimanche, en promettant de lutter contre les inégalités et la corruption.

Son rival de centre-droit Ciudadanos a revendiqué la troisième place aux municipales, où il se présentait pour la première fois.

Et dans les grandes villes comme Madrid et Barcelone, des "plateformes citoyennes", issues du mouvement des indignés ayant manifesté à travers l'Espagne contre l'austérité et la corruption, sont aux portes du pouvoir. A condition de savoir former des coalitions.

A Barcelone, Ada Colau, une militante contre les expulsions des petits propriétaires incapables de rembourser leurs emprunts, a remporté 11 des 41 sièges du conseil municipal, devant le maire sortant Xavier Trias, un indépendantiste conservateur. Pas assez pour gérer la ville seule.

"A l'évidence nous donnerons la priorité au Parti socialiste, à Esquerra Republicana (ERC gauche indépendantiste et la CUP (indépendantistes de gauche et d'extrême gauche) pour trouver des accords, ce qui ne veut pas dire qu'il ne puisse y avoir des accords ponctuels sur des questions prioritaires" avec d'autres partis, a-t-elle déclaré lundi.

Ahora Madrid, la plateforme de Manuela Carmena, une ancienne juge communiste de 71 ans, n'est qu'à un siège de la candidate du Parti Populaire, qui gouverne la capitale depuis 23 ans. Une alliance avec le PSOE, qui a recueilli neuf sièges, lui donnerait la majorité.

De son côté Pedro Sanchez, le secrétaire général du PSOE, a assuré qu'il ferait en sorte qu'il y ait "des gouvernements progressistes".

"Nous assistons à une évolution fascinante qui peut déboucher sur une rénovation du système politique, qui sera plus divers, tout comme la société espagnole", a estimé Narciso Michavila, de l'institut de sondage GAD3.

Selon un récent sondage de Metroscopia, 76% des Espagnols veulent qu'aux législatives le PP et le PSOE ne soient plus seuls sur la scène politique et partagent avec d'autres partis.

"Les citoyens sont prêts pour cette nouvelle politique de négociation, de pactes, et d'accords, ceux qui ne sont pas prêts apparemment ce sont les hommes politiques", a commenté Juan Toharia, directeur de Metroscopia.

"En Espagne, souligne le politologue Ignacio Torreblanca, celui qui a le plus de voix considère qu'il a le droit de gouverner, même sans majorité absolue".

Même les nouveaux partis semblent avoir du mal à adopter la nouvelle approche.

Podemos ne vise officiellement que la victoire aux législatives. "Nous relevons le défi de gagner les élections contre le Parti Populaire", a lancé lundi son chef Pablo Iglesias, l'homme à la queue de cheval.

Albert Rivera, le chef de Ciudadanos, a affirmé lundi que "le temps des majorités absolues était révolu" et insisté sur la nécessité d'accords entre partis. Mais simultanément, il a exclu que Ciudadanos entre dans des gouvernements qu'il ne dirigerait pas.

L'Andalousie, qui a voté le 22 mars, est un exemple intéressant. La candidate du PSOE Susana Diaz y a remporté le scrutin mais pas la majorité absolue. Deux mois plus tard, le PP, Podemos et Ciudadanos lui ayant refusé jusqu'ici leur appui ou leur abstention, elle n'a pas encore pu prendre ses fonctions.

Jose Fernandez-Albertos, de l'institut de sondages gouvernemental CSIS, "n'écarte pas du tout que dans certaines régions, il faille convoquer de nouvelles élections, faute d'accord de gouvernement".

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