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25/05/2015 02:30 EDT | Actualisé 25/05/2016 01:12 EDT

L'Afrique cherche son super banquier

C'est le poste le plus convoité du moment en Afrique: huit candidats -dont une femme- briguent jeudi la présidence de la très stratégique Banque africaine de développement, institution cinquantenaire confrontée à un continent en pleine mutation économique.

Difficile à quelques jours du scrutin de dire qui succèdera au Rwandais Donald Kaberuka, arrivé à la tête de la BAD en 2005 et qui achève son second mandat.

Les 80 actionnaires (54 pays africains, 26 pays non africains) vont-ils désigner pour la première fois une femme, et pour la première fois une lusophone, la Capverdienne Cristina Duarte?

Pencheront-ils pour le Nigérian Akinwumi Adesina? Ce serait consacrer un pays qui, malgré les assauts du groupe islamiste Boko Haram, concurrence l'Afrique du Sud comme chouchou des investisseurs sur le continent. Mais ce serait briser la règle non écrite interdisant à un poids lourd régional de contrôler l'organisation.

Et, même si le ministre sortant de l'Agriculture nigérian parle un excellent français, cela ne plairait guère à l'Afrique francophone, représentée par le Malien Birama Sidibé et par le Tunisien Jalloul Ayed.

Le Tchadien Bedoumra Kordjé pourrait, lui, devenir le premier président issu d'Afrique centrale. Les candidats de Sierra Leone, du Zimbabwe ou d'Ethiopie pourraient créer la surprise.

- Occidentaux et Asie en arbitres -

Les actionnaires non africains joueront les arbitres. La France voudrait un président "plus soucieux des intérêts" de l'Afrique francophone, entend-on au ministère des Finances. Les Etats-Unis, deuxième actionnaire derrière le Nigeria, sont incontournables. Tout comme le Japon ou la Chine.

Une fois passée la joute diplomatique, le nouveau ou la nouvelle chef devra manoeuvrer la banque dans un environnement économique bouleversé.

L'Afrique, malgré les conflits, les crises sanitaires comme Ebola, la pauvreté, "c'est une nouvelle frontière de la croissance mondiale", avec un produit intérieur brut doublé depuis 2000, pour atteindre quelque 2.000 milliards de dollars aujourd'hui, assure à l'AFP Luc Rigouzzo, fondateur du fond d'investissement Amethis.

Pour cet ancien de l'Agence française de développement reconverti en financier d'entreprises africaines, "l'Occident a conservé la vision, vraie il y a 30 ans, d'un continent vide, rural, avec des économies de +comptoir+ fortement dépendant des matières premières, et sous perfusion de l'aide étrangère. Il se voit toujours comme +la main qui donne+. Or on n'est plus du tout dans cette situation", et "l'aide publique au développement représente moins de 2,5% du PIB du continent".

Les capitaux privés affluent en Afrique, les grands fonds anglo-saxons tels que Carlyle et KKR s'y développent, plusieurs pays africains arrivent désormais à se financer directement sur le marché.

Les programmes des candidats à la BAD, sans occulter la pauvreté et le manque d'infrastructures, traduisent ce nouveau pouvoir d'attraction.

La plupart entendent diversifier les activités de la BAD, au delà de son rôle traditionnel de banque du développement, qui prête pour de grands chantiers, en se finançant facilement grâce à son excellente réputation, couronnée par la fameuse note AAA.

En 2013, elle a approuvé 317 opérations, pour au total 6,8 milliards de dollars.

- En finir avec les 'éléphants blancs' -

Le Nigérian Akinwumi Adesina veut "en finir avec les éléphants blancs", comme il l'expliquait dans un entretien accordé le 25 mars à l'AFP. C'est-à-dire avec les chantiers somptuaires et inutiles, autoroute sans issue ou palais de marbre, souvent financés par l'aide internationale, construits par des entrepreneurs étrangers, avec de forts relents de corruption.

Akinwumi Adesina réclame des "infrastructures intelligentes, plus productives, plus compétitives." Il plaide aussi pour dépasser l'échelon national, via un "Google africain", un "marché régional" de l'électricité ou une "bourse régionale".

Le Malien Birama Sidibé veut "sortir la banque de sa zone de confort". Il explique à l'AFP qu'elle devra à l'avenir jouer un rôle de "catalyseur de financement, d'intermédiaire" et pas seulement de bailleur traditionnel.

Une idée partagée par la candidate capverdienne Cristina Duarte qui, si elle est élue, veut faire de la BAD une "banque innovante et créatrice pour répondre aux besoins spécifiques des pays africains et de leurs secteurs privés".

M. Sidibé juge par ailleurs qu'en permettant une campagne très ouverte pour sa présidence, la BAD tranche dans "le monde feutré des banques de financement du développement".

Feutré, le vote de jeudi ne le sera certainement pas. Pour être élu, un candidat doit emporter la majorité des votes de tous les pays membres, et la majorité des votes des pays africains. Si cinq tours de scrutin ne suffisent pas, la BAD peut décider d'ajourner et de procéder à un second tour. C'était arrivé en 2005, lors de la première élection de M. Kaberuka.

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