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25/05/2015 07:28 EDT | Actualisé 25/05/2016 01:12 EDT

Elections en Espagne: avertissement à la droite les "indignés" aux portes de Madrid et de Barcelone

Après des années de crise et d'austérité, les électeurs espagnols ont adressé un sévère avertissement à la droite, qui semblait lundi en passe de perdre plusieurs bastions régionaux, alors que les "indignés" pourraient gagner Barcelone et Madrid.

Après la victoire de la gauche radicale Syriza en janvier en Grèce, le coup de semonce est clair, à six mois des législatives: quatre ans après la naissance du mouvement des indignés, les Espagnols ont exprimé lors des municipales et régionales leur ras-le-bol des politiques d'austérité imposées par la droite et de la corruption qui gangrène la politique.

A Barcelone, la liste de l'"indignée" Ada Colau, une militante anti-expulsions, est arrivée en tête devant celle du maire nationaliste sortant Xavier Trias.

A Madrid, celle de "Ahora Madrid" avec l'ex-juge Manuela Carmena, comprenant notamment Podemos, est deuxième après celle du Parti populaire (PP) sortant (20 conseillers contre 21) et pourrait gouverner avec l'appui des socialistes (neuf sièges), Ciudadanos arrivant quatrième (sept sièges).

"C'est un souffle d'air frais", s'enthousiasmait lundi matin un syndicaliste de gauche, Antonio Sama, 53 ans, venu manifester contre la fermeture d'une fabrique de tapisseries devant l'emblématique immeuble de la mairie de Madrid, place Cibeles.

"Ca va convaincre beaucoup de gens qui ont peur du changement qu'il est possible de faire les choses autrement", a estimé Isabel Fernandez Lopez, une autre manifestante de 51 ans.

Dans la nuit, les partisans de Manuela Carmena, ancienne juge communiste de 71 ans, ont fêté ce qu'ils considèrent comme une victoire dans la capitale espagnole, tenue par la droite depuis 23 ans et berceau du mouvement des "indignés".

A Barcelone aussi, d'autres ont célébré la victoire de la liste d'Ada Colau, 41 ans, égérie des "indignés", également soutenue par Podemos. "Le désir de changement a vaincu la campagne de la peur, de la résignation", a-t-elle lancé entre des larmes de joie.

- Pactes en vue -

Ces indignés seront cependant vite rattrapés par la réalité des tractations qui suivront ces résultats.

Ada Colau doit être investie par le conseil municipal et peut être renversée par une coalition d'opposants. A Madrid, le PP part du principe que la liste de "Manuela" s'alliera aux socialistes du PSOE pour le chasser, mais reste en tête et lui mènera la vie dure.

Pedro Sanchez, secrétaire général du PSOE (25% des voix au niveau national), a lui estimé que les Espagnols avaient montré qu'ils voulaient un coup de barre à gauche, assurant que son mouvement ferait en sorte qu'il y ait "des gouvernements progressistes".

Sur l'ensemble du pays, la correction pour la droite est claire.

Le parti "va perdre le gouvernement de communautés autonomes (régions) qui sont très importantes pour nous et aussi des villes de province", a admis sur la Cadena Ser la candidate à la présidence de la région de Madrid, Cristina Cifuentes, représentant l'aile modérée du PP: Les électeurs veulent "que nous changions de comportement et davantage de proximité".

Le PP, qui dirigeait 13 régions sur 17, a perdu 2,5 millions d'électeurs même s'il reste premier en nombre de voix (27%). Il pourrait surtout être chassé du pouvoir dans six régions: en Estrémadure (ouest), où le PSOE est en tête, et dans cinq autres par le jeu des alliances: Aragon (nord), Asturies (nord), Castilla La Mancha (centre), l'archipel des Baléares (ouest) et enfin son bastion de Valence (ouest), gangréné par la corruption. Là il est menacé en cas d'alliance entre une plateforme citoyenne de gauche, Compromis, et le Parti socialiste.

Podemos, créé en janvier 2014 par un groupe d'enseignants en sciences politiques, a gagné une troisième place dans douze régions, ce qui lui permettra d'imposer une partie de ses idées. "Notre main est tendue mais ceux qui voudraient s'entendre avec nous doivent assumer que la manière de faire de la politique doit changer", a déclaré lundi son chef Pablo Iglesias.

L'autre nouvelle formation nationale, Ciudadanos, parti de centre droit né en Catalogne, a revendiqué une "troisième place au niveau municipal" et lancé un message semblable, avec un discours implacable sur la corruption.

Lundi, le chef du gouvernement Mariano Rajoy devait se réunir avec le comité exécutif du PP pour analyser ces résultats, qui ne lui faciliteront pas la tâche en vue des législatives.

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