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25/05/2015 06:58 EDT | Actualisé 25/05/2016 01:12 EDT

Burundi: reprise en demi-teinte à Bujumbura des manifestations contre le président

Les manifestations hostiles au président burundais Pierre Nkurunziza ont repris en demi-teinte lundi à Bujumbura, où la police était déployée en force dans plusieurs quartiers contestataires et empêchait tout rassemblement.

Après un weekend de trêve endeuillé par l'assassinat d'une de ses figures, le mouvement anti-troisième mandat avait appelé à une mobilisation massive ce lundi.

Policiers et militaires ont pris position dès l'aube dans et autour des habituels quartiers contestataires pour empêcher ou circonscrire au minimum tout rassemblement.

Au sud de la capitale, Musaga et Kinanira, théâtre la semaine dernière de de nombreux affrontements, étaient totalement quadrillés, avec des policiers tous les dix mètres sur les grandes avenues, et jusque dans les moindres ruelles. La Route nationale 7, qui traverse Musaga et est un des principaux axes de ravitaillement de Bujumbura, était totalement dégagée.

A Cibitoke (nord), plusieurs centaines de jeunes ont défilé aux premières heures du jour en dansant et chantant des slogans anti-Nkurunziza, sur des routes jonchées de grosses pierres et de troncs d'arbre calcinés parfois encore fumant. Ils ont été dispersés en fin de matinée par des tirs de sommation.

Le quartier voisin de Ngagara, où l'opposant Zedi Feruzi a été assassiné samedi soir, était totalement bouclé par les policiers, et désert de tout manifestant. Le déploiement sécuritaire était également très important à Nyakabiga.

Les manifestants donnaient parfois l'impression d'être peu motivés, fatigués, une attitude qui contraste avec la détermination affichée la semaine dernière lors des violents affrontements à coups de pierre avec la police.

- Blocage total -

Le Burundi connaît depuis un mois un vaste mouvement de contestation populaire contre le président Nkurunziza, au pouvoir depuis 2005 et candidat à un troisième mandat à la présidentielle du 26 juin.

Les manifestations sont quasi quotidiennes à Bujumbura, émaillées de heurts avec la police qui fait largement usage de ses armes à feu, avec près d'une trentaine de morts en quatre semaines. Plusieurs responsables de la contestation sont passés dans la clandestinité.

Un climat de peur et d'instabilité s'est peu à peu installé dans la capitale, où une lente mais inexorable escalade de la violence semble en marche, avec un faisceau d'incidents qui rappelle chaque jour un peu plus les sombres années ayant précédé la guerre civile (1993-2006).

Samedi soir, Zedi Feruzi, le leader d'un petit parti d'opposition, a été abattu par des inconnus avec son garde du corps. Le mouvement anti-troisième mandat a dénoncé un assassinat politique, et mis en cause le camp présidentiel.

La veille, trois personnes avait été tuées par l'explosion de plusieurs grenades lancées dans la foule en plein centre-ville. La police a accusé les manifestants d'être liés aux auteurs de cet attentat.

Après la mort de Zedi Feruzi, la Coordination anti-troisième mandat a annoncé "suspendre" sa participation à des négociations, encore en phase préliminaire, avec le gouvernement, sous l'égide de l'ONU et de l'Union africaine.

Malgré cette annonce, de nouvelles discussions ont eu lieu dimanche, en l'absence de l'opposition mais avec quelques représentants de la société civile.

Ces derniers ont finalement confirmé dimanche soir la "suspension" du dialogue, et posé leurs conditions pour s'asseoir de nouveau à la table des négociations: "une enquête rapide et neutre sur l'assassinant de M. Feruzi", et un "changement d'attitude" des représentants du camp présidentiel "qui nous insultent à longueur de journée en nous traitant de putschistes et de tueurs", a expliqué à l'AFP Gabriel Rufyiri, de la société civile.

Ce "dialogue", encouragé par la communauté internationale, se limite pour l'instant à des questions autour des manifestations. Le coeur du problème, la candidature de M. Nkurunziza à un troisième mandat, n'a pas encore été abordé, et le blocage reste total entre les deux camps sur cette question.

Seuls les chefs d'Etats des pays de la région, qui doivent se retrouver dans les prochains jours, pourraient être en mesure de débloquer la situation, a estimé une source diplomatique.

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