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25/05/2015 09:21 EDT | Actualisé 25/05/2016 01:12 EDT

Au Nigeria, immenses attentes à la veille de l'investiture du président Buhari

Le nouveau président du Nigeria, Muhammadu Buhari, qui prend ses fonctions vendredi, devra répondre à des attentes gigantesques: avec la chute des cours du pétrole et une pénurie de carburants sans précédent, la première économie d'Afrique est quasiment paralysée.

Le Congrès progressiste (APC) de M. Buhari accuse le président sortant Goodluck Jonathan et son administration de sabotage délibéré et estime que "jamais dans l'histoire (du Nigeria) un gouvernement quelconque n'a transmis à un autre gouvernement un pays aussi sinistré".

"Pas d'électricité, pas de carburant, des travailleurs en grève, des milliards dûs aux fonctionnaires régionaux et fédéraux, 60 milliards de dollars de dette nationale, et l'économie est pratiquement à terre", a énuméré le porte-parole de l'APC, Lai Mohammed.

Premier producteur de pétrole d'Afrique, le Nigeria connaît depuis des années des coupures de courant quotidiennes, obligeant les entreprises à utiliser des générateurs que certaines, comme les banques et les opérateurs de téléphone mobile, ne peuvent plus alimenter à cause d'une crise des carburants qui dure depuis des semaines, ce qui les contraint à cesser ou réduire leurs activités.

Mais la rue maintient sa confiance à M. Buhari, connu pour sa poigne de fer lors de son court passage au pouvoir dans les années 1980, pour remettre le pays sur pieds.

"Le gouvernement de Jonathan est responsable de ce désordre, c'est un fait", considère Mulikat Bello, marchand de riz trentenaire du quartier d'Adgege, un faubourg de Lagos. "On sait que Buhari est capable. Il a déjà (remis de l'ordre) avant. L'administration de (Shehu) Shagari avait détruit l'économie avant le coup d'Etat de Buhari, en décembre 1983".

- Corruption: tolérance zéro? -

Quand M. Buhari dirigeait le pays, durant ses 15 mois de dictature militaire il y a 30 ans, il a mené une guerre sans merci contre "l'indiscipline" et la corruption, s'attirant les foudres des défenseurs des droits de l'Homme.

Il a promis de se comporter différemment aujourd'hui, le pays ayant depuis tourné la page des dictatures militaires, en 1999, pour un régime démocratique.

Pendant la campagne électorale, l'homme de 72 ans a prévenu les Nigérians qu'il fallait "tempérer les attentes de ceux qui pensent que des miracles vont se produire".

Mais parmi les plus de 173 millions d'habitants du pays le plus peuplé d'Afrique, le 29 mai, jour de son investiture, revient sur toutes les lèvres comme la date où tous les maux seront résolus.

A Kano, la plus grande ville du Nord - une région majoritairement musulmane qui a voté en masse pour M. Buhari -, l'agent de sécurité Awwalu Maidawa, 41 ans, souhaite que le nouveau président mette un terme à l'insurrection islamiste de Boko Haram, qui a fait plus de 15.000 morts depuis 2009.

Pour Hajara Sani, femme au foyer, le plus important est l'éducation, dans un pays où 10,5 millions d'enfants sont privés d'école et le taux d'alphabétisation très bas, surtout dans le Nord. Musa Mohammed, un mécanicien de 33 ans, réclame l'électricité pour tous - un domaine dans lequel M. Buhari n'avait pas brillé quand il était au pouvoir.

D'autres évoquent une diversification de l'économie trop dépendante du pétrole, la lutte contre la pauvreté... Mais surtout, de Kano à Lagos, tous espèrent que M. Buhari va livrer une guerre sans merci à la corruption généralisée qui gangrène le pays.

"Je veux qu'il applique la tolérance zéro contre la corruption, surtout dans les services publics", dit M. Maidawa.

"Une des premières choses que (Buhari) va devoir faire est de rassembler une équipe de communication compétente pour gérer les attentes" populaires, estime le commentateur politique Chris Ngwodo. "Il va devoir tempérer les attentes sans décevoir. Cela doit être géré de façon minutieuse".

Concernant Boko Haram, l'armée a pu reprendre le contrôle d'une grande partie du Nord-Est grâce à l'aide des pays voisins, après des années d'échecs. Reste à M. Buhari la rude tâche d'y rétablir la paix.

Globalement, le défi est immense.

"Buhari arrive au mauvais moment malheureusement", juge Debo Adeniran, chef d'un lobby anti-corruption. "Le gouvernement Jonathan a mal géré l'économie et les casseroles sont trop lourdes à porter. J'ignore toujours comment l'administration à venir va trouver les fonds nécessaires pour mettre en place son programme".

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