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22/05/2015 06:22 EDT | Actualisé 22/05/2016 01:12 EDT

Résultat de la présidentielle en Pologne dimanche sur le fil du rasoir

Le duel présidentiel en Pologne se jouera sur le fil du rasoir entre le chef d'Etat sortant de centre droit Bronislaw Komorowski et son rival conservateur et populiste Andrzej Duda, au second tour du scrutin dimanche.

Après un début de campagne morose que M. Komorowski avait commencé en grand favori avec plus de 60% de soutien, celle-ci a pris un tournant surprenant le 10 mai, lorsque M. Duda, candidat désigné par l'eurosceptique Jaroslaw Kaczynski, l'a devancé de justesse au premier tour, avec 34,76% contre 33,77%.

A la veille du second tour, rien n'est définitif, selon les politologues.

"La victoire de l'un ou de l'autre se jouera de justesse, impossible de le prédire sur la foi des sondages", a déclaré vendredi à l'AFP Stanislaw Mocek, politologue de l'Académie polonaise des sciences.

Selon une enquête publiée vendredi par le journal Polska The Times et réalisé du 18 au 20 mai auprès de 6.000 personnes, M. Duda est crédité de 51% des intentions de vote et M. Komorowski de 49%, une différence proche de la marge d'erreur.

Un autre sondage récent de l'institut CBOS donne aussi la victoire à M. Duda, mais l'institut Millward Brown montre lui une tendance inverse.

Les pouvoirs du chef de l'Etat en Pologne sont relativement limités et les analystes s'accordent pour dire que cette élection peut être un prélude aux législatives, prévues en automne.

Le parti d'opposition conservateur et populiste Droit et Justice (PiS) dirigé par Jaroslaw Kaczynski et la libérale Plateforme civique (PO), au pouvoir depuis bientôt huit ans, arrivent côte à côte dans les sondages.

M. Kaczynski, frère jumeau de l'ancien président Lech Kaczynski mort dans un accident d'avion en Russie à Smolensk ne cache pas son ambition de revenir au pouvoir. Le succès dimanche de M. Duda pourrait le rapprocher de cet objectif.

Se rappellant sa défaite face à Bronislaw Komorowski lors de la présidentielle de 2010, M. Kaczynski a tout misé sur un candidat jeune et dynamique et n'est pas apparu lui-même lors de la campagne de son dauphin, se contentant d'interventions à la station ultracatholique Radio Maryja et sa télévision Trwam, dont les supporteurs constituent le noyau dur de PiS.

- Convaincre les indécis -

Conscients de l'enjeu, MM. Komorowski et Duda ont encore sillonné le pays jusqu'aux dernières heures de la campagne, cherchant à convaincre les indécis parmi les électeurs de gauche, et surtout chez les partisans du candidat antisystème Pawel Kukiz, star de rock arrivé troisième au premier tour avec quelque 20% des voix.

Duda s'est livré à un véritable marathon, en se rendant pendant la nuit dans une boulangerie et à l'aube dans une mine de Silésie (sud), puis auprès des infirmières.

M. Komorowski est allé à Gdansk où vit sa mère. Il a lancé depuis cette ville, berceau du syndicat Solidarité, un appel à ses compatriotes à "choisir une Pologne qui ne sera pas déchirée par des conflits internes et opposée à l'UE".

Les deux candidats s'étaient affrontés jeudi soir dans un deuxième et dernier débat télévisé, un échange de propos nerveux de 70 minutes, gagné plutôt par Komorowski, selon la plupart des commentaires et sondages.

Le président sortant y a insisté sur la place de la Pologne au sein de l'Union européenne et de l'Otan comme "garantie" de sa sécurité et de sa prospérité. Il a une nouvelle fois défendu son bilan et souligné sa longue expérience politique.

Son rival, très combatif, a appelé au changement et promis de "défendre en premier lieu les intérêts nationaux" des Polonais dans l'arène internationale. Il a aussi répété ses promesses de rabaisser l'âge de la retraite, reculé de 65 à 67 ans avec le soutien de M. Komorowski, et de réduire les impôts.

"La Pologne choisira dimanche entre deux camps, celui de la raison et de la prévisibilité que représente M. Komorowski, bien connu des Polonais, et celui de la foi et de l'imprévisibilité qu'incarne M. Duda, car ce n'est pas un homme politique autonome: derrière lui, il y a Jaroslaw Kaczynski", a souligné M. Mocek.

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