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22/05/2015 07:01 EDT | Actualisé 22/05/2016 01:12 EDT

Pablo Iglesias, le professeur qui a donné un parti aux "indignés"

Radical, opportuniste pour les uns, charismatique et sincère pour les autres: Pablo Iglesias est parvenu, en fondant Podemos, à donner un visage et un parti aux "indignés", entrainant un électrochoc dans la classe politique espagnole traditionnelle.

La politique colle à la peau de ce madrilène de 36 ans au regard perçant et cheveux longs en queue-de-cheval, depuis toujours: ses parents républicains ont appelé leur fils unique Pablo, comme le fondateur du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), Pablo Iglesias Posse.

Membre des jeunesses communistes à 14 ans, il est né d'une mère avocate spécialiste du droit du travail, Maria Luisa Turrion, et d'un inspecteur du travail, Javier Iglesias, ancien membre d'un groupe armé anti-franquiste qui a été emprisonné pendant les dernières années de la dictature de Francisco Franco(1939-1975).

Son grand-père paternel, un socialiste, a été condamné à mort après la guerre civile (1936-1939) même si sa peine ne fut finalement pas exécutée. María Luisa Turrión, sa mère, est la nièce d'un socialiste fusillé.

Mais à la différence de l'humble typographe que fut le fondateur du PSOE, le Pablo Iglesias du 21ème siècle accumule un excellent parcours académique: docteur en Sciences politiques, licencié en droit, master de communication et ressources humaines, il a enseigné de 2008 à 2013 à l'université madrilène de la Complutense.

- "Brillant" -

C'était un élève "brillant" avec un objectif clair, "peser sur la vie publique de façon radicale", à gauche, se souvient Ramon Cotarelo, l'un de ses professeurs et ami, en dépit de leurs divergences politiques. Il décrit un homme "prévenant, gentil et de bonne humeur" en privé.

Charismatique, Pablo Iglesias termine toujours ses meetings en formant une chaîne et en chantant avec son équipe, bras dessus, bras dessous.

Une "fausse image" pour Antonio Elorza, ex-collègue de Pablo Iglesias à la Complutense. "Ce n'est pas le genre d'homme généreux, ouvert, et posé", dit-il. "On ne pouvait pas lui faire confiance. Il faisait à sa guise pour tout. Ne défendait aucune cause juste, histoire de ne pas perdre une once de pouvoir".

Direct, parfois cassant, Pablo Iglesias s'est créé quelques inimitiés à la Complutense en co-fondant "Contrapoder", une association de réflexion sur une alternative au capitalisme, berceau de Podemos créé début 2014.

Taxé de radical et attaqué pour les liens de Podemos avec la gauche bolivarienne d'Amérique latine, où il a voyagé, Venezuela en tête, il dénonce une propagande partisane: "Les médias en Espagne ont donné au Venezuela une image de dictature" sans jamais évoquer les "coups d'Etat des Etats-Unis au Paraguay, au Honduras" et les tentatives contre les pays de gauche comme l'Equateur et le Venezuela, répond-il.

- "Opportunisme" ou "bonne foi" -

C'est un pragmatique, estime Ramon Cotarelo. Pour Pablo Iglesias, "l'important est de gagner, d'arriver au pouvoir. Pour se mettre au service de ses idéaux, parce qu'il croit de bonne foi en ce qu'il dit", souligne-t-il. C'est plutôt "l'opportunisme incarné", "un petit chef", dit Antonio Elorza.

Expert en communication, Pablo Iglesias a su utiliser les médias, jusqu'à faire trembler la classe politique espagnole et au-delà, depuis que Podemos a remporté cinq sièges et 1,2 million de votes aux élections européennes de mai 2014, et notamment proposé de baisser les salaires des députés européens.

Tête de liste de Podemos, il avait alors apposé sur les bulletins de vote son image et pas le logo du parti. Habitué des "tertulias", grands débats télévisés qu'affectionnent les Espagnols, Pablo Iglesias s'est aussi fait connaître en animant lui-même une de ces émissions, la Tuerka ("L'écrou"), diffusée d'abord sur internet puis à la télévision.

Il a su capter les voix des "indignés", mouvement spontané apparu en mai 2011 et ayant fait sensation en campant pendant des mois à la Puerta del Sol, au coeur de Madrid, pour dénoncer l'austérité et la corruption.

Avec l'autre étoile montante de la politique espagnole, Albert Rivera et son parti de centre-droit Ciutadanos, Pablo Iglesias menace le bipartisme ayant prévalu prévalu depuis la fin de la dictature franquiste (1939-1975).

Sa vision est claire: "Les justes, les honnêtes, ne peuvent être légitimes tant qu'ils n'ont pas conquis le pouvoir".

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