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22/05/2015 09:11 EDT | Actualisé 22/05/2016 01:12 EDT

Les jihadistes consolident leur emprise en Syrie et en Irak

Les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) ont pris au régime en Syrie le dernier poste frontalier avec l'Irak, consolidant leur emprise sur une vaste zone transfrontalière après la conquête de Palmyre, dont les trésors archéologiques sont menacés.

L'EI contrôle désormais la moitié du territoire de la Syrie, pays ravagé depuis plus de quatre ans par la guerre civile, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

En huit jours, cette organisation ultraradicale sunnite a réussi à prendre Ramadi, la capitale de la province irakienne d'Al-Anbar, puis jeudi Palmyre, dans le désert syrien frontalier de l'Irak, avant de progresser vers le sud syrien pour s'emparer du poste frontière d'Al-Tanaf d'où se sont retirées les soldats.

Désormais, les trois passages frontaliers avec l'Irak échappent au régime de Bachar al-Assad: celui de Boukamal est aussi aux mains de l'EI et le poste de Yaaroubié, plus au nord, est contrôlé par les forces kurdes.

L'EI renforce ainsi son emprise sur une large bande territoriale transfrontalière qui lui permet d'étendre son "califat" proclamé en juin 2014, malgré les frappes quotidiennes menées par une coalition internationale dirigée par les Etats-Unis sur ses positions en Syrie et en Irak depuis plus de neuf mois.

Responsable d'atrocités et accusé de crimes contre l'Humanité, ce groupe fort de dizaines de milliers d'hommes a profité de la guerre civile en Syrie pour prendre des territoires dès 2013 et de l'instabilité en Irak pour y renforcer sa base.

- 'Menacer la Syrie profonde' -

"Le fait que l'EI contrôle la moitié du territoire syrien (plus de 95.000 km2), signifie que le régime ne détient plus que 22% du territoire", le reste étant aux mains d'autres groupes rebelles, selon le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane.

"Même si l'EI s'est emparé de régions peu peuplées, cela signifie qu'il contrôle désormais une étendue géographique très importante qui lui permettra de menacer la Syrie profonde comme Homs et Damas", a-t-il dit vendredi à l'AFP. Ces deux villes sont des bastions du régime.

Véritable carrefour routier, Palmyre est située dans la province de Homs frontalière de celle d'Al-Anbar en Irak. Selon l'OSDH et des militants, avant sa prise, la ville comptait 70.000 habitants outre 50.000 déplacés qui y avaient trouvé refuge.

Alors que l'EI a détruit plusieurs trésors archéologiques en Irak, la communauté internationale craint qu'il ne fasse de même à Palmyre, cité vieille de plus de 2.000 ans, réputée pour ses colonnades torsadées romaines, ses temples et tours funéraires.

L'Unesco a lancé un appel à l'aide à l'ONU pour agir en avertissant que "toute destruction" à Palmyre, inscrite au patrimoine mondial de l'humanité, "serait une énorme perte pour l'humanité".

Une vidéo postée sur Youtube par une chaîne proche de l'EI montre l'entrée de Palmyre avec une longue rue déserte, des positions abandonnées par l'armée et un drapeau de l'EI hissé sur un bâtiment.

La bataille déclenchée le 13 mai a fait près de 500 morts et poussé des milliers d'habitants à la fuite. Parmi les victimes, des dizaines dont des civils ont été décapitées ou fusillées par l'EI a indiqué l'OSDH.

Outre cette région, l'EI contrôle la majeure partie des provinces de Deir Ezzor et Raqa (nord), et a une forte présence dans les provinces de Hassaké (nord-est), d'Alep (nord), de Homs et de Hama (centre).

Il est aussi maître de la quasi-totalité des champs pétroliers et gaziers de Syrie, qui lui assurent une importante source de revenus.

- L'assaut à Ramadi se fait attendre -

Ailleurs en Syrie, où le régime combat les insurgés depuis la répression en 2011 d'une révolte pacifique, les jihadistes d'Al-Qaïda et leurs alliés rebelles ont pris un hôpital de Jisr al-Choughour (nord-ouest) où étaient assiégés 150 soldats et leurs familles depuis près d'un mois, selon l'OSDH. "Des dizaines de soldats ont pris la fuite, d'autres ont été tués ou capturés".

En outre, le père Jacques Mourad, prêtre de l'Église syriaque catholique du diocèse de Homs, a été enlevé jeudi dans son monastère avec un de ses collaborateurs par des hommes armés masqués, selon l'Oeuvre d'Orient.

Tout en répétant que M. Assad et son régime n'avaient pas de place dans l'avenir de la Syrie, le président français François Hollande a appelé à de nouvelles négociations à Genève en vue d'une "solution politique".

De l'autre côté de la frontière, l'EI a poursuivi son offensive en prenant des positions gouvernementales à l'est de Ramadi, alors que la contre-offensive des forces de sécurité, aidées de milices chiites, pour reprendre Ramadi se fait attendre.

La perte de cette capitale de la plus grande province d'Irak est un coup sévère pour Bagdad et l'allié américain qui a reconnu devoir réexaminer sa stratégie.

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