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22/05/2015 08:28 EDT | Actualisé 22/05/2016 01:12 EDT

Les Irlandais aux urnes pour un référendum historique sur le mariage gay

Pour ou contre le mariage entre personnes de même sexe? les Irlandais se prononcent vendredi lors d'un référendum historique sur le mariage gay dans un pays où l'influence de l'Église catholique, même déclinante, reste forte.

Plus de 3,2 millions d'Irlandais sont appelés aux urnes, ouvertes entre 06h00 et 21h00 GMT. Alors que le résultat devrait être connu samedi après-midi, les ultimes sondages indiquent que le oui devrait l'emporter, même si l'écart avec le non s'est réduit à l'approche du vote.

"C'est un jour historique pour l'Irlande. Après tout ce qu'on a traversé, avec toutes les histoires de l'Église, quel beau message ce serait de dire qu'on est tous égaux !", a souligné Jodie Boylan, 41 ans, l'une des premières à voter à Milltown, dans la banlieue de Dublin.

"C'est une étape beaucoup trop radicale. Cela concerne nos enfants, je veux protéger leur stabilité ainsi que le mariage", a en revanche déclaré à l'AFP Rachael Stanley, 60 ans, qui a voté sans hésitation pour le non.

"J'espère que je ne vais pas finir avec du goudron et des plumes pour avoir dit ça", a-t-elle ajouté dans un soupir.

Le référendum, qui a lieu 22 ans après la dépénalisation de l'homosexualité dans le pays, a donné lieu ces dernières semaines à des débats passionnés. Des supporters du non se sont plaints de harcèlement et de voir leur affiches vandalisées.

"Ce référendum a touché une corde sensible. Il mobilise beaucoup plus que d'autres consultations par le passé", souligne Eoghan Bonass, 35 ans, qui a voté oui, "pour une simple question d'égalité".

Des centaines d'expatriés irlandais installés depuis peu en Grande-Bretagne, et donc toujours éligibles au vote, rejoignaient vendredi leur île par avion, train et ferry pour prendre part au référendum.

"Nous pouvons devenir le premier pays au monde à légaliser le mariage gay par référendum. Ce serait un pas énorme pour un pays réputé pour ses moeurs conservatrices", a explique à l'AFP Joey Kavanagh, le responsable de la campagne en ligne "Get the Boat 2 Vote", (prends le bateau pour aller voter), à bord du train menant de Londres jusqu'au ferry.

Dix-huit pays, dont treize en Europe, ont légalisé le mariage entre personnes de même sexe, mais à chaque fois par voie parlementaire.

- Évolution des mentalités -

Le oui est défendu par tous les principaux partis politiques en Irlande, dont le Fine Gael du Premier ministre Enda Kenny.

Le camp du oui peut aussi se prévaloir du soutien de célébrités du monde du sport, de la musique et du cinéma, dont l'acteur Colin Farrell ou le chanteur Bono.

Face à eux, l'Église catholique d'Irlande et les conservateurs ont mené une campagne énergique, arguant que le mariage devait être l'apanage des couples composés d'un homme et d'une femme désireux de fonder une famille.

"Le mariage, c'est un homme et une femme qui s'unissent, et qui deviennent père et mère", a déclaré l'archevêque de Dublin, Diarmuid Martin.

Mais si la parole de l'Église avait autrefois force de loi, la situation est bien différente en 2015. Certes, l'Irlande reste un pays profondément catholique, mais l'évolution des mentalités liée aux bouleversements économiques et sociaux a émancipé la population du dogme religieux.

L'Eglise paie aussi le prix du scandale des affaires de pédophilie qui ont profondément choqué l'opinion publique. Quelque 14.500 enfants auraient été victimes de prêtres pédophiles, dont les actes ont parfois été couverts par des responsables religieux.

Le simple fait qu'une consultation soit organisée sur le sujet illustre déjà l'évolution des moeurs dans ce pays de 4,6 millions d'habitants qui a considéré l'homosexualité comme un crime jusqu'en 1993 et n'a légalisé le divorce qu'en 1995. L'avortement y reste interdit, sauf lorsque la vie de la mère est en danger.

"Ce référendum a permis aux gays de raconter à quel point la vie a pu être difficile pour eux dans le passé, raconte Alan Flanagan, 28 ans, un enseignant habitant à Londres. "Aujourd'hui encore j'hésite à tenir la main de quelqu'un dans la rue, même à Dublin. Si le oui l'emporte, le pays ressemblerait davantage à un endroit où je pourrais vivre."

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