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22/05/2015 05:01 EDT | Actualisé 22/05/2016 01:12 EDT

La torture en Ukraine, une pratique courante des militaires et des rebelles (Amnesty)

Passages à tabac, décharges électriques, simulacres d'exécution: les militaires ukrainiens et les rebelles séparatistes prorusses soumettent régulièrement à la torture prisonniers et civils, selon une enquête réalisée par l'ONG Amnesty International et publiée vendredi.

L'ONG de défense des droits de l'homme fait également état d'au moins huit cas d'"exécutions sommaires" de prisonniers ukrainiens capturés par des rebelles. Et le rapport dénonce les exactions du groupe ultranationaliste Pravy Sektor, dont les militants combattent aux côtés de l'armée ukrainienne dans l'est du pays, accusé de torturer des civils et de leur extorquer ainsi qu'à leurs familles d'importantes sommes d'argent.

Plus généralement, d'anciens prisonniers, aux mains de l'armée comme de la rébellion, affirment avoir "été battus jusqu'à ce que leurs os se brisent, avoir été torturés à l'électricité, frappés, poignardés, pendus au plafond ou privés de sommeil pendant des jours", détaille le rapport qui parle également de "simulacres d'exécution".

Pour mener à bien son enquête, Amnesty a interrogé 33 anciens prisonniers, dont 17 qui étaient détenus par des séparatistes et 16 par des forces ukrainiennes, dont les services de sécurité (SBU).

Sur ces 33 prisonniers, tous détenus entre juillet 2014 et avril 2015, "32 ont décrit de sévères passages à tabac et d'autres abus sérieux". L'ONG a corroboré ces témoignages avec des preuves additionnelles, tels que "des radios des os cassés, des dossiers médicaux, des photographies des coups et autres blessures, cicatrices et dents cassées".

Outre des témoignages directs, Amnesty International s'appuie sur "des preuves publiées sur les réseaux sociaux et des articles dans les médias".

- Exécutions sommaires -

Selon l'ONG, ces pratiques "choquantes" sont effectuées par les deux parties, et visent aussi les civils. "Amnesty a découvert que les deux parties détenaient de manière arbitraire des civils n'ayant commis aucun crime, mais qui sympathisaient avec l'autre camp".

Certains ont ainsi déclaré avoir été détenus et battus simplement parce qu'ils avaient des photos du mouvement de contestation pro-européen EuroMaïdan dans leurs téléphones portables ou au contraire parce qu'ils avaient les numéros de téléphones de rebelles.

Selon John Dalhuisen, responsable d'Amnesty pour l'Europe et l'Asie centrale, si les civils sont parfois détenus pour être ensuite utilisés comme "monnaie d'échange" contre d'autres prisonniers, ils peuvent aussi l'être simplement en raison de leurs opinions.

L'ONG cite par ailleurs un témoignage "particulièrement dur" d'un ancien prisonnier détenu par le groupe ultranationaliste ukrainien Pravy Sektor. "Utilisant un camp de jeunesse abandonné comme prison, Pravy Sektor a, selon ce témoignage, détenu des dizaines de prisonniers civils comme otages, les torturant de manière brutale et leur extorquant d'importantes sommes d'argents ainsi qu'à leurs familles", écrit Amnesty, qui a alerté les autorités ukrainiennes sur ces allégations, mais n'a pas reçu de réponse.

Du côté séparatiste, au moins huit exécutions sommaires de combattants ukrainiens capturés par des séparatistes, ont été mises à jour.

En avril, l'ONG avait déjà dénoncé les meurtres de quatre soldats ukrainiens en captivité. Quatre nouveaux meurtres ont ainsi depuis été découverts, a précisé à l'AFP un chercheur d'Amnesty à Kiev, Krassimir Yankov.

"Les preuves accablantes de crimes de guerre, dont le recours à la torture et à des exécutions sommaires de prisonniers, sont un rappel poignant des pratiques brutales commises quasi-quotidiennement dans le cadre du conflit dans l'est de l'Ukraine", résume Amnesty, appelant dès lors à mener des enquêtes et à traduire en justice les responsables.

Les forces ukrainiennes combattent une rébellion séparatiste prorusse dans l'Est, armée et soutenue par la Russie, selon Kiev et les Occidentaux. Moscou dément catégoriquement toute implication militaire dans ce conflit qui a fait plus de 6.200 morts depuis avril 2014.

Malgré l'entrée en vigueur le 15 février d'une nouvelle trêve, des incidents meurtriers ont encore lieu quasi-quotidiennement.

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