NOUVELLES
22/05/2015 11:55 EDT | Actualisé 22/05/2016 01:12 EDT

L'ONU va lutter contre la prolifération des armes légères, l'Afrique s'abstient

Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté de justesse vendredi une résolution visant à lutter contre la prolifération des armes légères mais six pays du Conseil, dont les trois membres africains (Angola, Tchad, Nigeria), se sont abstenus.

Ces pays reprochent à la résolution de ne pas interdire spécifiquement le transfert d'armes aux "acteurs non-étatiques", c'est-à-dire notamment à tous les groupes armés impliqués dans des conflits en Afrique, comme Boko Haram, les shebab somaliens ou les nombreux insurgés en République démocratique du Congo.

De leur côté, selon des diplomates, les pays qui soutiennent, y compris militairement, les opposants syriens modérés (Etats-Unis, Royaume-Uni, France, Jordanie) rechignaient à se priver de cette possibilité.

Le terme d'"acteurs non-étatiques" est "mal défini et impossible à appliquer dans la pratique", a fait valoir l'ambassadeur britannique Matthew Rycroft. Une telle référence "n'améliorerait pas la situation sur le terrain".

La résolution se contente de "reconnaître l'importance de prévenir le transfert illicite d'armes et de munitions à des groupes armés et à des réseaux criminels qui ciblent les civils".

Pour l'ambassadeur tchadien Mahamat Zene Cherif, "les acteurs non-étatiques provoquent des confits, déstabilisent des Etats, sèment la destruction".

Armer ces acteurs non-étatiques "représente une menace pour la paix et la sécurité", a renchéri l'ambassadeur angolais Ismael Abraao Gaspar Martins, en énumérant les conflits où ils sont impliqués: Syrie, Irak, Nigeria, Mali, RDC, Soudan du Sud...

Outre les membres africains, la Russie, la Chine et le Venezuela se sont aussi abstenus. La résolution est passée avec neuf voix pour, sur 15 membres, soit le minimum requis pour une adoption.

Le texte adopté insiste sur la nécessité d'aider les pays instables ou qui sortent d'un conflit à sécuriser leurs arsenaux et à améliorer la traçabilité des munitions.

Il demande aux Etats membres d'appliquer strictement les embargos internationaux et de renforcer la surveillance de ces embargos.

Il exhorte les pays qui ne l'ont pas encore fait à ratifier "dès que possible" le traité sur le commerce des armes conventionnelles entré en vigueur en décembre. Ce texte, le premier du genre, impose aux Etats de s'assurer au préalable que les armes qu'ils vendent ne risquent pas d'être utilisées pour violer les droits de l'homme ou contourner des embargos.

Quatre pays membres du Conseil (Russie, Chine, Jordanie, Venezuela) n'ont pas encore signé ce traité. La Russie l'a récemment jugé "trop faible" tout en "imposant certains fardeaux à ceux qui y participent".

Selon l'ONU, le monde a connu depuis dix ans 250 conflits où la prolifération des armes légères joue un grand rôle, comme en Libye ou au Yémen. Quelque 50.000 personnes sont tuées chaque année en raison de cette prolifération.

Le Conseil avait adopté une première résolution dans ce domaine en septembre 2013, à l'initiative de l'Australie. La Russie s'était alors abstenue car le texte ne mentionnait pas non plus l'interdiction d'armer les "acteurs non-étatiques".

avz/are