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22/05/2015 03:12 EDT | Actualisé 22/05/2016 01:12 EDT

Dans "L'ombre des femmes", Philippe Garrel explore les aléas du désir

Hommes et femmes sont-ils égaux face à la libido? Philippe Garrel, tente d'établir la parité, dans ce domaine-là aussi, avec "L'Ombre des femmes", film subtil et lucide sur le rapport amoureux qui sortira mercredi en salles après avoir ouvert la Quinzaine des réalisateurs à Cannes.

"Le cinéma a été conçu par des hommes et ce sont quand même toujours eux qui orientent nos représentations, nos manières de voir et de raconter", explique Philippe Garrel, cinéaste qui s'inscrit dans la lignée des cinéastes de la Nouvelle Vague, Jean-Luc Godard et François Truffaut en tête.

Après "Un été brûlant", en 2011, puis "La Jalousie", en 2013 (et quelques autres films avant eux), il poursuit son exploration du rapport amoureux.

Dans le style dépouillé qu'on lui connaît, accentué ici par le recours au noir et blanc, le cinéaste aborde le thème du désir amoureux vu par un homme, Pierre (l'évanescent Stanislas Merhar, "Nettoyage à sec", "Un monde presque paisible") et par une femme, Manon, jouée par Clotilde Courau.

L'actrice, qui est aussi princesse de Venise depuis son union avec Emmanuel-Philibert de Savoie (héritier de la maison royale italienne), est toute en retenue et en fragilité dans ce rôle de femme dévouée à son compagnon, dont elle est l'assistante.

Le couple, désargenté, réalise des documentaires et ne parvient à joindre les deux bouts que grâce à des petits boulots. Jusqu'au jour où Pierre rencontre Élisabeth (la sensible Lena Paugam), jeune stagiaire dans une cinémathèque, qui devient sa maîtresse. Il ne veut pas quitter Manon pour Élisabeth et se satisfait de cette double vie.

"Je crois que le cinéma fonctionne de telle manière que si on met le personnage masculin et le personnage féminin à égalité, le cinéma tend à renforcer la position de l'homme", affirme Philippe Garrel.

Soucieux de rétablir l'équilibre, il explique être "aller voir ce qui se passe du côté des femmes". Manon, se sentant délaissée, finira par céder aux avances d'un autre homme.

- "Ouvrir sa fenêtre" -

Philippe Garrel nous livre ainsi une histoire simple, presque banale, dont la voix off du narrateur commente ou explique. On pense à Benoît Jacquot.

"Plutôt que d'histoire banale, je parlerais plutôt d'histoire universelle", corrige Clotilde Courau venue défendre le film à Cannes et qui, dans un entretien la semaine dernière à l'AFP, disait n'être "plus la même interprète" depuis ce tournage.

Derrière l'apparente simplicité du travail de Garrel se cache en réalité un cinéma "à tiroirs" où "le sentiment précède l'action, où derrière un geste insignifiant se cache souvent un sentiment plus complexe", expliquait-elle.

Comment le cinéaste parvient-il à ce résultat?

Grâce à des heures de répétitions avec les acteurs qui se concluent par une ou deux prises le jour du tournage.

"Il y a une phrase qu'il répète souvent, +ouvre ta fenêtre+ , ce qui veut dire que face à un personnage ou une situation donnée, il faut se livrer, sans réfléchir", souligne Clotilde Courau.

Philippe Garrel s'est appuyé sur un scénario signé Jean-Claude Carrière, scénariste de Buñuel, Godard ou Milos Forman et bien d'autres, pour tourner en trois petites semaines, à Paris, dans l'ordre chronologique des scènes.

"Pour travailler dans ces conditions, il ne faut presque rien jeter, tout ce qu'on tourne est nécessaire et figure dans le film. Le montage proprement dit, ce sont des ajustements", selon le cinéaste.

Une économie de moyens habituelle chez Garrel qui lui a permis de traverser la crise, tout en continuant à faire "son" cinéma, et de bénéficier d'une "paix royale" par rapport à ses confrères, adeptes des gros budgets.

Cela ne l'empêche pas, en revanche, d'avoir un public un peu partout dans le monde. "J'aime l'idée que mes films circulent", confie-t-il.

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