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22/05/2015 12:24 EDT | Actualisé 22/05/2016 01:12 EDT

Burundi: un quartier de Bujumbura chasse la police, du matériel électoral incendié

Des milliers de manifestants anti-troisième mandat ont une nouvelle défié la police vendredi dans un quartier de Bujumbura, signe que la contestation ne s'essouffle pas, alors que, pour la première fois, du matériel électoral a été saccagé.

Au lendemain d'une journée marquée par de violents affrontements et des scènes de guérilla urbaine, avec au moins deux tués par balle, la journée de vendredi avait commencé timidement pour les manifestants hostiles au président Pierre Nkurunziza.

Comme chaque jour maintenant depuis la fin avril, des groupes de jeunes se sont rassemblés face à la police ou aux militaires dans les quartiers périphériques et habituels bastions du mouvement.

La contestation est soudainement montée en puissance dans l'après-midi dans le quartier de Cibitoke, où des milliers d'habitants en liesse ont tenté d'avancer vers le quartier voisin de Ngagara, constituant l'un des plus grands rassemblements en quatre semaines de contestation.

Le cortège occupait sur plusieurs centaines de mètres une des avenues, jonchée de cailloux, de planches, ou encore d'un kiosque de bois renversé. "Nkurunziza a échoué! Nkurunziza a échoué!", scandaient notamment les protestataires.

Sous une pluie de pierres, et à grand renfort de tirs en l'air, les policiers, puis les militaires sont parvenus tant bien que mal à les contenir.

"Les gens manifestaient tranquillement quand la police est arrivée", a raconté Adolphe, 46 ans, ingénieur civil. "Les policiers ont avancé dans le quartier et sont entrés dans les ruelles en tirant. Du coup toute la population s'est mise en colère et est sortie pour les chasser".

- 'Laissez nous faire maintenant!' -

Après ce coup de chaud, les policiers se sont retirés, et ont laissé les militaires au contact des manifestants, les soldats leur demandant calmement de rentrer chez eux.

"Vous n'avez pas réussi votre coup d'Etat, alors laissez nous faire maintenant!", a lancé tout sourire un manifestant à l'un des soldats, en référence au coup d'Etat militaire déjoué la semaine dernière par le président Nkurunziza.

Les protestataires espèrent faire renoncer M. Nkurunziza, au pouvoir depuis 2005, à briguer à un troisième mandat lors de la présidentielle du 26 juin. Ils jugent ce mandat anticonstitutionnel et contraire aux accords de réconciliation nationale d'Arusha qui avaient mis fin à la guerre civile (1993-2006, quelque 300.000 morts).

A ce jour, la contestation reste essentiellement limitée à la capitale, ce qui fait dire au président Nkurunziza, exigeant la fin de cette "d'insurrection", que "la paix et la sécurité règnent sur 99,9% du territoire burundais".

Des manifestations ont aussi été signalées en province, mais de moindre ampleur et plus sporadiques. Depuis la fermeture des principales radios privées du pays, il est cependant très difficile de savoir ce qu'il se passe dans les zones rurales, l'information ne circulant plus.

A Bujumbura, près de vingt-cinq personnes ont été tuées depuis le début de la contestation, sévèrement réprimée par la police. Vendredi, une grenade, lancée par une personne non-identifiée, a explosé dans le quartier de Musaga, blessant plusieurs soldats, selon deux témoins.

Des élections législatives et communales, déja reportées de dix jours sous la pression internationale, sont censées se tenir le 5 juin, et marqueront le début des élections générales, avant la présidentielle du 26 juin.

Pour la première fois, des manifestants ont brûlé jeudi du matériel électoral, selon la Commission électorale burundaise (Céni). Deux incidents ont été enregistrés, tous deux dans la province de Bujumbura rural, dans les collines surplombent la capitale.

A Mukike, des "manifestants ont arrêté une voiture qui acheminait des isoloirs et des urnes (...), alors la foule s'en est pris à ce véhicule. Tout le matériel a été brûlé", selon la Céni. A Ijenda, des centaines de personnes s'en sont pris à un dépôt logistique local de la commission, incendiant là aussi tout le matériel entreprosé, d'après des témoins.

Le patron de la radio-télévision Renaissance, Innocent Muhozi, a été auditionné plusieurs heures par le parquet. Sa radio avait été, comme les autres principaux médias indépendants, attaquée par des pro-Nkurunziza lors du coup d'Etat manqué pour avoir diffusé les messages des putschistes.

M. Muhozi est ressorti libre, après avoir été interrogé sur les raisons et les cirscontances de diffusion de ces messages, a-t-il expliqué.

A ce jour, près de 110.000 Burundais ont trouvé refuge dans les pays voisins, dont 70.000 en Tanzanie.

Une épidémie dans l'un de ces camps de réfugiés burundais en Tanzanie a fait près de 31 morts, avec un rythme alarmant de près de 400 nouveaux cas quotidiens, selon l'ONU.

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