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22/05/2015 13:15 EDT | Actualisé 22/05/2016 01:12 EDT

Attentat anti-chiite en Arabie, revendication de l'EI

Un attentat suicide en Arabie saoudite, revendiqué pour la première fois par le groupe jihadiste Etat islamique, a fait vendredi plusieurs morts et blessés dans une mosquée chiite de l'est du royaume.

Les autorités n'avaient pas encore donné en soirée de bilan de l'attentat mais des militants chiites et des témoins ont donné des chiffres allant de quatre à 22 morts et de nombreux blessés.

"Un individu a fait détoner une bombe qu'il portait sous ses vêtements pendant la prière du vendredi dans la mosquée Ali Ibn Abi Taleb à Koudeih, une localité de la province du Qatif", a déclaré le porte-parole du ministère de l'Intérieur, cité par l'agence officielle SPA.

Le site du quotidien Arryadh a mis en ligne des photos de tapis de prière imbibés de sang et du faux plafond de la mosquée qui s'est effondré en partie sous le souffle de l'explosion.

Selon l'un des militants chiites, l'hôpital de Qatif a lancé des appels à des dons de sang.

Dans un communiqué mis en ligne sur des sites islamistes, l'EI affirme que "les soldats du califat dans la province de Najd (Arabie saoudite, ndlr)" sont responsables de l'attaque, précisant qu'elle a été menée par un kamikaze qui a actionné une ceinture explosive qu'il portait sur lui dans la mosquée.

Le groupe a également publié une photo de l'auteur de l'attaque, l'identifiant comme Abou Amer Al-Najdi.

Le communiqué promet aux chiites "des jours sombres" jusqu'à ce que "les soldats de l'EI" les "chassent de la péninsule arabique".

L'EI, un groupe extrémiste sunnite, exècre la communauté chiite, qu'il attaque régulièrement, notamment en Irak où il a conquis de vastes territoires.

Dans ce pays ainsi qu'en Syrie où il contrôle aussi de vastes régions, le groupe est visé depuis septembre dernier par des frappes aériennes de la coalition menée par les Etats-Unis et dont l'Arabie saoudite fait partie.

Avant la revendication de l'EI, le porte-parole du ministère de l'Intérieur a réaffirmé la détermination des services du ministère à "traquer toute personne impliquée dans ce crime terroriste perpétré par des personnes cherchant à porter atteinte à l'unité nationale, et à la présenter à la justice".

- 'Attiser les tensions' -

Intervenant sur la télévision publique, le mufti d'Arabie saoudite, plus haut dignitaire de l'establishment religieux sunnite, cheikh Abdel Aziz ben Abdallah Al-Cheikh, a qualifié l'attentat d'"acte criminel destiné à creuser un fossé entre les fils de la nation (...) et à propager les troubles dans notre pays".

La localité de Koudeih est située au nord de la ville de Qatif, au coeur de la Province Orientale, une région pétrolière, où se concentre la minorité chiite.

Les chiites se plaignent de discriminations dans un royaume à majorité sunnite et appliquant une version rigoriste de l'islam.

Depuis 2011, la Province Orientale a connu des attaques sporadiques contre les forces de sécurité et des protestations qui ont fait une vingtaine de morts.

L'attentat a provoqué la "colère" de chiites contre le manque de protection de leurs lieux de culte, a rapporté une habitante de Qatif, Naseema Assada.

De nombreux habitants disent craindre, selon elle, la répétition de tels attentats si rien n'est fait pour contrer "les discours de haine" contre les chiites qui se répandent sur les réseaux sociaux.

"Nous ne voulons pas voir ce qui se passe en Syrie et en Irak se reproduire ici. Ceci est notre pays et nous l'aimons", a-t-elle clamé, en référence aux exactions de l'EI dans ces deux pays.

En novembre, des hommes armés avaient tué sept chiites, dont des enfants, dans la localité saoudienne d'Al-Dalwa (est) pendant la célébration du deuil chiite de l'Achoura.

Les autorités saoudiennes ont multiplié ces derniers mois les arrestations d'extrémistes sunnites soupçonnés de planifier des attaques pour "attiser les tensions confessionnelles" dans le pays.

Le mois dernier, elles ont ainsi annoncé le démantèlement d'une cellule de 65 personnes soupçonnées de liens avec l'EI et cherchant à perpétrer des attentats.

En décembre, elles avaient aussi arrêté trois partisans de l'EI accusés d'avoir blessé par balle un Danois à Ryad.

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