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22/05/2015 07:00 EDT | Actualisé 22/05/2016 01:12 EDT

Albert Rivera, l'homme nu de la politique espagnole

L'homme au costume impeccable et au ton posé a enfin l'attention médiatique qu'il souhaitait le jour où il a posé nu: Albert Rivera, chef du nouveau parti centriste espagnol Ciudadanos, transparent pour les uns, démagogue pour d'autres, est devenu incontournable.

La droite tente de le ridiculiser, la gauche l'accuse de cacher son jeu, les indépendantistes catalans, contre qui il mène croisade, le taxent de démagogie. Albert Rivera, ex-avocat de la Caixa, carrure sportive et visage harmonieux, est l'une des personnalités politiques dont tout le monde parle en Espagne, avec Pablo Iglesias, leader du parti antilibéral Podemos.

Dimanche, il vivra un premier grand test, alors que son parti se lance dans un millier de localités pour les élections municipales et dans les 13 régions qui renouvelleront leur parlement.

Contrairement au professeur de Sciences politiques Iglesias, qui assure avoir été poussé par le mouvement des Indignés, Albert Rivera, 35 ans, a lui bâti une vraie carrière politique, en professionnel, une brique après l'autre depuis dix ans.

Poser nu pour une affiche électorale ? C'était en 2006, "pour une campagne de marketing pure et dure, pour avoir accès à un système politique, à l'époque verouillé", explique-t-il dans un livre d'entretiens. Il s'est alors positionné contre la vague montante du nationalisme et de l'indépendantisme catalans.

Le jeune député, né le 15 novembre 1979 dans une famille de commerçants de Barcelone, initialement sympathisant du Parti populaire (droite) avec une passion pour les joutes oratoires, a fait du chemin depuis. Son parti Ciutadans (citoyens en catalan), né pour défendre une Catalogne espagnole, est devenu "Ciudadanos" (citoyens en espagnol) et a essaimé sur tout le territoire.

Armé d'un programme de lutte contre la corruption qui gangrène la politique espagnole, de mesures économiques libérales et d'un vernis moderne sur les sujets de société, Ciudadanos était quatrième lors d'élections régionales anticipées en Andalousie, le 22 mars, avec 9,28% des voix.

- Faiseur de rois -

Son chef pourrait être le faiseur de rois à l'issue des municipales et des régionales, alors que les sondages prévoient que la droite et la gauche classiques auront besoin de son soutien pour former des majorités stables.

"Il pourrait être un personnage clef de la politique espagnole des prochaines années. Sa capacité de leadership est plus que prouvée. Il a des idées claires et les connaissances" requises, assure un de ses anciens professeurs de droit et mentor, Francesc de Carreras.

Lui dit sans complexes qu'il vise la présidence du gouvernement à l'issue des élections législatives prévues à la fin de l'année.

Pour arriver là, cet admirateur du président américain Barack Obama pour sa maîtrise des réseaux sociaux, utilise la toile et a longtemps arpenté les émissions politiques.

"Ciudananos n'existerait pas sans internet", dit Rivera, formé au marketing politique à l'université George Washington de la capitale américaine.

Albert Rivera se dit par ailleurs républicain, libéral, social-démocrate et moderne sur le plan du mode de vie: agnostique, en faveur d'une légalisation de l'avortement, ce père d'une fillette de quatre ans jamais marié refuse les voitures officielles et dit gérer directement son compte Twitter.

Sur le plan idéologique, "il a pris le meilleur des programmes de la gauche et de la droite, l'égalité des chances d'une part et la liberté de l'autre", estime Juan Verde, un ex-conseiller de Barack Obama.

Podemos affirme qu'il n'est que la "marque blanche" du Parti populaire, qui a su séduire les jeunes. Mais le PP ne l'épargne pas: le président du gouvernement Mariano Rajoy le trouve "frivole", son lieutenant en Catalogne, Alicia Sanchez Camacho, se moque de sa "macédoine d'idéologies".

Son mantra: réconcilier et non opposer."Il faut arranger l'Espagne, pas la casser", dit-il. "Nous devrons nous mettre d'accord sur ce qui compte pour les Espagnols", poursuit-il en promettant comme d'autres avant lui d'être un dirigeant "normal".

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