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19/05/2015 05:46 EDT | Actualisé 19/05/2016 01:12 EDT

Yémen: Sanaa bombardée, la paix s'éloigne

La coalition dirigée par Ryad a mené mardi ses premières frappes depuis la trêve sur Sanaa, la capitale du Yémen, où s'éloigne la perspective d'une solution politique dans ce pays dévasté par près de deux mois d'un conflit meurtrier avec les rebelles chiites.

Sanaa n'avait pas été visée pendant les cinq jours de cessez-le-feu, du 13 au 17 mai, durant lequel la population de la ville avait espéré une trêve durable et le retour à la table des négociations des protagonistes du conflit.

Mais la coalition a repris ses bombardements juste après l'expiration de la trêve, en faisant porter lundi la responsabilité sur les rebelles chiites Houthis, accusés d'avoir profité du cessez-le-feu pour se renforcer.

L'adjoint du porte-parole de l'ONU a affirmé lundi que la reprise des bombardements menaçait la tenue d'une conférence internationale sur le Yémen.

"Nous souhaitons que les combats cessent de manière décisive, et alors nous pourrons nous mettre à organiser et à lancer les invitations à cette conférence", a déclaré Farhan Haq.

Selon des diplomates, l'ONU pensait organiser cette conférence à Genève autour du 28 mai.

"La seule solution de la crise au Yémen est de retourner au processus de dialogue politique", a estimé pour sa part le porte-parole du département d'Etat américain, Jeffrey Rathke.

"Nous soutenons cela mais nous avons été clairs pour dire que les Houthis doivent cesser les actions unilatérales et agressives au Yémen" pour permettre une reprise du processus politique, a-t-il dit.

Les Houthis "ont besoin d'indiquer qu'ils sont prêts et qu'ils ont la volonté de retourner à la table des négociations dans le cadre du processus de l'ONU", a insisté le porte-parole.

Les Houthis ont boycotté une conférence de trois jours de partis politiques organisée à Ryad autour du président Abd Rabbo Mansour Hadi, exilé en Arabie saoudite.

Cette conférence a adopté mardi une déclaration dite de Ryad qui est apparue plus comme une tentative du président Hadi de raffermir sa "légitimité" que comme une amorce d'un retour au dialogue pour une solution politique au Yémen.

La coalition dirigée par l'Arabie saoudite a lancé le 26 mars des frappes aériennes contre les Houthis, accusés de recevoir une aide militaire de Téhéran et qui se sont emparés depuis septembre de vastes territoires dans le centre, l'ouest et le sud du pays.

- Raids intensifs -

Deux jours après la fin de la trêve, qui a permis d'acheminer dans le pays des quantités substantielles de carburant, de médicaments et de vivres, les raids aériens se sont intensifiés et ont été étendus dans de nombreuses régions du Yémen, sous contrôle des Houthis et de leurs alliés.

Tôt mardi, un dépôt d'armes à Fajj Attane, au sud de Sanaa, et à Jebel al-Nahdain à l'est, ainsi que le palais présidentiel proche ont été visés, selon les témoins.

Ces trois positions dépendent de la Garde républicaine, une force restée fidèle à l'ancien président Ali Abdallah Saleh, un allié des rebelles.

De nouveaux raids ont visé à la mi-journée les mêmes dépôts d'armes ainsi que la résidence d'Ahmed Ali Abdallah Saleh, fils de l'ancien président, à Fajj Attane.

Dans la région de Saada, fief des Houthis, dans le nord, l'aviation de la coalition a lancé une quinzaine de raids visant des rassemblements des rebelles et des dépôts d'armes proches de la frontière avec l'Arabie saoudite, selon des habitants.

Dans la région de Hodeida (ouest), plusieurs raids ont notamment pris pour cible des camps de la DCA des Houthis, ont rapporté des témoins.

A Aden, dans le sud, où les raids ont repris dès dimanche à l'expiration de la trêve, dix quartiers tenus par les Houthis, ont subi une série de raids qui ont duré de minuit aux premières heures de mardi, selon des sources militaires.

Des positions des Houthis ont également subi de violents bombardements aériens à Dhaleh, plus au nord, faisant 13 morts et de nombreux blessés parmi les rebelles, selon un responsable local.

Dans la province proche de Lahej, la base aérienne d'Al-Anad et un centre de commandement des Houthis ont été visés. Trois véhicules militaires des rebelles ont été détruits dans ces raids, selon des sources locales.

En représailles, les Houthis ont tiré des obus de mortier sur des quartiers résidentiels, tuant trois civils et blessant cinq autres, selon ces mêmes sources.

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