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19/05/2015 14:01 EDT | Actualisé 19/05/2016 01:12 EDT

Thomas Bidegain, un premier film sur le désarroi d'une famille face à la conversion radicale

Thomas Bidegain, scénariste à succès de Jacques Audiard, est passé derrière la caméra pour "Les Cow Boys", quête obsessionnelle d'un père pour retrouver sa fille qui s'est enfuie avec un musulman radicalisé.

Ce thème d'actualité, encore très peu abordé au cinéma, est traité du point de vue de la famille.

Le film débute dans un rassemblement country en France où Alain (interprété par le Belge François Damiens) pousse la chansonnette avec son chapeau de cowboy et danse avec sa fille Kelly, 16 ans, sous l'oeil attendri de sa femme et de son fils. Kelly disparaît le soir même avec son petit ami, musulman radicalisé.

"J'avais un fils qui avait l'âge de Kelly au moment où j'écrivais. On est tout pour son enfant et d'un coup on devient des étrangers, on ne sait plus rien de lui. La réaction, c'est un deuil quand on est parents. C'est un deuil peu raconté. On peut réagir soit en retenant, soit en lâchant", explique à l'AFP Thomas Bidegain.

Alain, le père, très déterminé, veut à tout prix ramener sa fille, une quête frisant la folie qui va le couper de sa famille et du monde.

- Cowboys contre Indiens -

"Le père parce qu'il est un cowboy voit les musulmans comme des Indiens qui ont capturé sa fille. Cette vision d'une guerre de civilisation entre cowboys et Indiens est néfaste", tranche le scénariste-réalisateur.

L'intrigue débute en 1994, à une époque où le jihad est peu évoqué. Elle va se dérouler jusqu'en 2011, ponctuée par la montée de l'islamisme radical et des images des attentats de New York, Madrid et Londres.

Kid (Finnegan Oldfield), le fils taiseux à l'enfance sacrifiée par l'obsession du père, poursuivra à sa mort la quête pour retrouver la soeur aimée mais s'ouvrira au monde de manière surprenante.

"Ce sont des gens simples propulsés dans le fracas du monde", résume le réalisateur, se défendant de tout opportunisme avec un sujet d'actualité brûlant : "Il y avait très peu de témoignages sur des jeunes partant faire le jihad, quand j'ai commencé le projet voici quatre ans".

"Les Cowboys", film qui traverse de nombreux pays de la Belgique au Pakistan, a été présenté à Cannes dans la sélection parallèle de La Quinzaine des réalisateurs.

"Scénariste c'est un métier, réalisateur c'est un état, il faut être vraiment transporté si vous voulez transporter les autres", souligne Thomas Bidegain, fils de l'industriel José Bidegain.

"Beaucoup de choses ne peuvent pas être mises sur une page. La réalisation c'est un sport collectif, ce n'est pas du tout le même métier", confie le quadragénaire. "Le travail avec les acteurs se passe hors scénario. On peut gagner des semaines en murmurant une chose aux oreilles d'un acteur".

Son palmarès de scénariste inclut les récents succès "Saint Laurent" de Bertrand Bonello et "La Famille Bélier" d'Éric Lartigau.

Pour Jacques Audiard, ce fidèle a cosigné les scénarios récompensés aux Césars du cinéma français d'"Un Prophète" et "De Rouille et d'os". Ainsi que de "Dheepan" présenté jeudi en sélection officielle pour la Palme d'Or, l'histoire d'un ex-combattant tamoul au Sri Lanka qui vient en France demander l'asile avec une femme et une fillette inconnues.

Ces scénarios, ils les a écrits jusqu'au bout sur les lieux de tournage, participant même au montage et au mixage. Une démarche proche de la réalisation.

"Un scénario, c'est un truc vivant, rien n'est plus terrible que les gens qui ne coupent pas leur texte. Au cinéma, c'est la théorie du plan incliné : la boule doit continuer de rouler, quand elle se fige on est cuit!"

Bidegain prépare déjà le scénario d'un autre long métrage avec Audiard... pour Cannes 2017. Top secret.

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