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19/05/2015 17:16 EDT | Actualisé 19/05/2016 01:12 EDT

Québecor vend toutes les activités du Groupe Archambault à Renaud-Bray

MONTRÉAL - Québecor a annoncé mardi la cession des activités de ventes au détail de Groupe Archambault à Renaud-Bray.Cette transaction, dont le montant n'a pas été rendu public, comprend les 14 magasins Archambault, le portail archambault.ca ainsi que la librairie de langue anglaise Paragraphe.De tout le Groupe Archambault, Québecor ne conserve en fait que les divisions de musique et de spectacle que sont les filiales Musicor et Select. Le conglomérat précise de plus qu'il est toujours propriétaire de 18 maisons d'édition générale, dont Les Éditions de l'Homme, Libre Expression, L'Hexagone et VLB Éditeur.La transaction vise donc clairement à sortir le conglomérat du secteur de la vente au détail et non de la production culturelle, ce qu'admet sans détour le président et chef de la direction de Québecor, Pierre Dion.«Le secteur de la vente au détail a dû relever d'importants défis en raison de l'évolution des technologies et de l'apparition des plateformes numériques, des bouleversements qui ont provoqué un changement des habitudes chez les consommateurs», a déclaré M. Dion par voie de communiqué.Celui-ci s'est aussi félicité que cette transaction permette de conserver les activités de ventes au détail d'Archambault aux mains d'une entreprise québécoise.La consolidation des activités des deux chaînes, même si elle n'était pas attendue, ne surprend pas la professeure JoAnne Labrecque, spécialiste en commerce de détail à l'École des Hautes Études commerciales.«Ça fait plusieurs années qu'il y a un repositionnement en raison des ventes en ligne. Archambault était très fort au niveau de la musique — un segment qui connaît un déclin continu depuis plusieurs années. C'est la même chose chez Renaud-Bray, qui était premier dans le marché du livre québécois et qui cherche à se diversifier», a-t-elle expliqué en entrevue avec La Presse Canadienne.Le président de Renaud-Bray, Blaise Renaud, n'a d'ailleurs pas cherché à maquiller la réalité du contexte actuel.«Renaud-Bray et Archambault ont eux aussi l'obligation de s'adapter et de se renouveler pour faire face à l'avenir», a-t-il indiqué par voie de communiqué.Joint par La Presse Canadienne, il a toutefois précisé que l'acquisition n'avait pas été réalisée dans un objectif de rationalisation.«Il peut y avoir des succursales Archambault et des succursales Renaud-Bray qui soient dans une territorialité limitrophe, mais ce n'est pas une transaction qui se faisait avec une stratégie de consolidation. (...) On veut que les deux bannières maintiennent leurs forces. Il n'y a pas de plan de fermeture de magasin», a-t-il dit.Avec cette acquisition, M. Renaud a dit espérer pouvoir «préserver la pérennité de l'entreprise et son contrôle par des intérêts québécois, mais aussi de pouvoir assurer une plus grande vitalité à notre secteur d'activité et, par le fait même, à l'ensemble de la chaîne du livre».Les éditeurs «préoccupés»Cette affirmation laisse toutefois sceptique le directeur général de l'Association nationale des éditeurs de livres (ANEL), Richard Prieur.«C'est la responsabilité de l'acquéreur de prouver que cette acquisition va vraiment servir la chaîne du livre, a-t-il dit. Faites-nous la démonstration parce que la chaîne du livre, ce n'est pas que les grands détaillants, les éditeurs et les auteurs, ce sont aussi des distributeurs, des libraires indépendants, des bibliothécaires.»L'ANEL a d'ailleurs de nombreuses préoccupations face à cette transaction.«La concentration dans la culture, ce n'est jamais bon signe dans la mesure où ce n'est jamais synonyme de diversification de l'offre», affirme M. Prieur, qui note également que Renaud-Bray est en litige commercial avec un distributeur depuis plus d'un an, ce qui fait en sorte que les livres d'une trentaine de membres de l'ANEL ne sont pas vendus chez Renaud-Bray.Selon la professeure JoAnne Labrecque, une des composantes des actifs acquis par Renaud-Bray offre par ailleurs un net avantage qui la place pratiquement à l'abri de la migration vers Internet, soit la vente d'instruments de musique.«La vente en ligne, quand c'est un bien standardisé comme un disque ou un livre, la valeur est garantie. Un instrument de musique, c'est un bien plus expérientiel; il faut le voir, l'essayer. Ça prend plus de conseils, il y a beaucoup plus de questions techniques, il y a différentes marques, différentes qualités. À moins d'exception, pour bien des gens acheter un instrument de musique, ça prend un contact direct», fait-elle valoir, ajoutant que Renaud-Bray aura tout intérêt à conserver le personnel déjà en place et dont l'expertise serait difficile à remplacer à pied levé.La transaction doit cependant être approuvée par le Bureau de la concurrence et, d'ici là, Québecor continuera d'assurer la gestion de l'ensemble des actifs du Groupe Archambault.JoAnne Labrecque estime à cet effet que même si Renaud-Bray, qui occupe déjà le premier rang parmi les libraires québécoises, s'associe avec une autre chaîne dominante dans le secteur de la musique et du livre, le Bureau de la concurrence devra regarder au-delà des façades de brique et de mortier pour prendre une décision.«Renaud-Bray a évidemment un poids déterminant par rapport aux petits, mais en même temps, si Renaud-Bray veut se maintenir dans le marché actuel, il n'a pas le choix de croître lui aussi et d'aller chercher des économies d'échelle parce que la concurrence est extrêmement forte en ligne», dit-elle.De son côté, Richer Prieur indique que l'ANEL n'écarte pas la possibilité d'exprimer ses réserves et ses préoccupations au Bureau de la concurrence et il estime que la ministre de la Culture, Hélène David, devra maintenant aller de l'avant de toute urgence avec ses consultations entourant la révision de la loi sur le livre annoncée le mois dernier parce que cette transaction vient complètement changer la donne.Rebondissements chez PKPLa transaction a aussitôt rebondi à l'Assemblée nationale, où le nouveau chef du Parti québécois et actionnaire de contrôle de Québecor, Pierre Karl Péladeau, s'apprêtait à rencontrer mardi matin son caucus avant sa première prestation en chambre à titre de chef de l'opposition.Les journalistes ont évidemment cherché à savoir s'il avait joué ou non un rôle dans la transaction.M. Péladeau a laissé entendre que cette transaction se préparait alors qu'il était toujours à la tête de l'entreprise, mais il est demeuré plutôt évasif quant à savoir s'il avait été consulté avant qu'elle ne soit annoncée.«J'ai quitté mes fonctions lorsque je me suis présenté comme candidat dans Saint-Jérôme, a-t-il dit. Certainement qu'il y avait des dossiers qui étaient en suspens au moment de mon départ, mais d'aucune façon (n'ai-je) eu à négocier quoi que ce soit.«Je n'ai pas à donner de feu vert. Je ne fais pas partie de la direction de Québecor depuis que j'ai annoncé ma candidature. (...) C'est à la direction de Québecor d'émettre des commentaires à cet égard,» a-t-il insisté lorsque pressé davantage.