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19/05/2015 14:42 EDT | Actualisé 19/05/2016 01:12 EDT

Pédophilie: un procès réveille les démons d'un des pires fiascos judiciaires français

Victimes et acquittés d'une affaire de pédophilie qui a marqué l'un des pires fiascos judiciaires en France doivent en revivre les tourments lors d'un nouveau procès ouvert mardi, qui cible l'un de ses protagonistes blanchi en 2005.

Daniel Legrand, 33 ans, comparaît devant la cour d'assises pour mineurs de Rennes (ouest) pour des viols et agressions sexuelles d'enfants qu'il est accusé d'avoir commis en réunion à la fin des années 90 à Outreau, une petite ville du nord de la France.

L'homme, qui encourt jusqu'à 20 ans de prison, avait été blanchi il y a dix ans dans la même affaire, mais seulement pour les actes qu'il était censé avoir commis après sa majorité. Les accusations remontant à son adolescence, qui relevaient de la justice des mineurs, et qu'il nie, avaient été disjoints et n'avaient pas fait l'objet d'un procès.

"Je sais même pas ce que je fais ici...", a lâché Daniel Legrand lors de son interrogatoire de personnalité devant la cour d'assises.

Aujourd'hui père d'un petit garçon et sans emploi, il doit suivre un traitement anti-psychotique. "C'est l'anxiété qui l'a structuré depuis son jeune âge", a expliqué un expert psychiatre, Ait Menguellet.

La sordide affaire d'Outreau avait éclaté en février 2001 et débouché, après deux procès en 2004 et 2005, sur l'acquittement de 13 inculpés sur 17, dont certains avaient passé jusqu'à trois ans en détention provisoire.

L'issue de ce fiasco accablant pour la justice, accusée de multiples errements dans l'instruction de l'affaire, avait amené le président français de l'époque, Jacques Chirac, à présenter "regrets et excuses" aux acquittés, indemnisés.

"Ca fait beaucoup pour un innocent, trois procès", a dénoncé Daniel Legrand en arrivant au tribunal. "Je suis serein (...) prêt à défendre mon honneur", a-t-il ajouté.

Devant la cour d'assises de Rennes, il est soutenu par une demi-douzaine de ténors du barreau, anciens défenseurs des "acquittés" d'Outreau.

A la barre sont attendus au cours des trois semaines d'audience la quasi totalité des protagnistes encore en vie des deux procès de 2004 et 2005.

Au rang des parties civiles figurent Chérif, Dimitri et Jonathan Delay, les trois fils les plus âgés du couple à l'origine de l'affaire d'Outreau.

Leurs parents, Thierry Delay et Myriam Badaoui, purgent des peines de 20 ans et 15 ans de réclusion auxquelles ils ont été condamnés, lors du premier procès de 2004, pour avoir violé leurs fils avec un couple de voisins.

"Je veux juste être entendu, que les choses soient dites, que la vérité soit dite", a déclaré Jonathan Delay avant le début de l'audience.

Selon l'un de leurs avocats, Léon Lef-Forster, les enfants Delay entendent faire valoir que Daniel Legrand "fait partie de ceux qui, à l'époque de la minorité de l'intéressé, leur ont fait subir des sévices".

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