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19/05/2015 12:48 EDT | Actualisé 19/05/2016 01:12 EDT

Haïti : une agriculture en jachère

Depuis le tremblement de terre de 2010, on a beaucoup parlé de la reconstruction en Haïti, mais peu de la relance de son agriculture. Avec 10 millions d'habitants à nourrir, Haïti ne devrait-il pas miser davantage sur son agriculture locale? 

Un photoreportage d'Alain Abel

et de Céline Galipeau

Alors que la moitié de sa population active vit de la terre, le pays importe aujourd'hui 45 % de ses denrées alimentaires, notamment du riz américain, qui coûte beaucoup moins cher.

Le travail est dur pour les agriculteurs haïtiens. Il se fait habituellement sans machinerie. Plusieurs terres ne sont pas irriguées. Trop de pluies ou pas assez, on peut tout perdre.

Les agriculteurs haïtiens souffrent aussi d'une concurrence déloyale. Le riz américain, produit à grande échelle, est fortement subventionné. Les taux d'importation sont très bas. On le retrouve partout dans les marchés et il se vend de 30 à 50 % moins cher que le riz haïtien.

Les banques haïtiennes n'ont pas l'habitude de prêter aux agriculteurs. Mais depuis quatre ans, Développement International Desjardins, en collaboration avec le gouvernement canadien, s'est associé à des institutions financières locales pour leur apprendre à faire du microcrédit agricole. Cela permet notamment à certains agriculteurs d'acheter de la machinerie.

Les taux d'intérêt sont élevés dans les banques haïtiennes : de 2 à 3,5 % par mois. C'est tout de même mieux que les taux des prêteurs usuraires, qui peuvent exiger que les agriculteurs remboursent le double du prêt en un mois.

Un autre problème des agriculteurs : le transport des marchandises. Dans la vallée de l'Artibonite, où l'on produit 80 % du riz haïtien, les rivières coupent les routes à plusieurs endroits. Il arrive donc que les récoltes pourrissent sur place.

Des femmes ont créé un atelier de transformation de fruits. Elles travaillent de concert avec les paysans pour transformer leurs récoltes en sirop, en confiture, ou même en alcool. Avec l'aide d'Oxfam-Québec, elles veulent maintenant prendre de l'expansion et vendre leurs produits à l'extérieur de leur région.

À l'atelier, les femmes gagnent 125 gourdes par jour, l'équivalent de 3,30 $US. Mais pour Monique Charles, qui est veuve, cela vaut la peine de marcher trois heures pour se rendre à l'atelier et revenir chez elle à la tombée de la nuit.

Lors du tremblement de terre de 2010, plusieurs résidents de Port-au-Prince sont retournés vivre dans leur famille, en région. Selon Charles Suffrard, qui dirige une association paysanne, le gouvernement haïtien aurait dû en profiter pour offrir de meilleurs services en région et y retenir la population.