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19/05/2015 07:06 EDT | Actualisé 19/05/2016 01:12 EDT

Grève des profs en France, "bizutage" pour la ministre de l'Education

Les enseignants se mobilisent mardi en France contre une réforme du collège portée par la ministre de l'Education Najat Vallaud-Belkacem qui, à 37 ans, vit son baptême du feu après un parcours fulgurant.

Sa réforme vise à lutter contre les inégalités scolaires, mais elle suscite le rejet de l'opposition de droite et de plusieurs intellectuels, qui l'accusent de vouloir niveler par le bas la formation des élèves.

Mardi, les professeurs de collège sont entrés en lice avec une grève suivie par un quart d'entre eux, selon le gouvernement, la moitié selon les syndicats. A l'appel d'une large intersyndicale, ils doivent aussi manifester à Paris à partir de 12H00 GMT et dans une cinquantaine d'autres villes.

Avant même les rassemblements, le Premier ministre Manuel Valls a promis que la réforme serait "mise en oeuvre comme prévu". Il s'agit d'un choix "entre le mouvement, la réforme indispensable, et le conservatisme", a ajouté le chef du gouvernement.

Peu après, Najat Vallaud-Belkacem a enfoncé le clou, assurant que la réforme "se ferait" bien à la rentrée 2016, tout en se disant "ouverte à la discussion" sur la mise en oeuvre.

La ministre franco-marocaine, qui s'est imposée sur la scène politique depuis 2007 dans des rôles de porte-parole, détient depuis août seulement le portefeuille très sensible de l'Education.

La presse notait mardi qu'elle affrontait la première "fronde" de sa carrière. C'est "la fin de l'état de grâce pour Najat Vallaud- Belkacem", soulignait ainsi l'éditorialiste du Midi Libre. Elle va vivre "un jour de bizutage", ajoutait L'Est Républicain.

Sa réforme part pourtant d'un constat largement partagé: le système scolaire français ne cesse de reculer dans les classements internationaux et est, selon une enquête de référence de l'OCDE (l'enquête Pisa), l'un des plus inégalitaires au monde.

Près de 150.000 élèves sortent chaque année de l'école sans diplôme. Ce phénomène n'affecte que 5% des enfants de cadres mais quasiment un tiers (32%) de ceux d'ouvriers.

- 'Deux conceptions de l'éducation' -

Pour limiter le décrochage, la ministre souhaite renforcer l'autonomie des collèges, l'interdisciplinarité et l'accompagnement personnalisé des élèves.

Mais les syndicats redoutent que l'autonomie donne trop de pouvoir aux chefs d'établissement et que l'interdisciplinarité grignote les horaires de chaque matière, dans un pays où le corps professoral est très attaché à ses disciplines.

Les inquiétudes sont encore plus fortes chez les profs de langue.

Les enseignants de grec et de latin craignent un effritement de leurs horaires avec la suppression de ces options, remplacées par un enseignement pratique consacré aux langues et cultures de l'Antiquité.

Les profs d'allemand pensent que leur discipline pâtira de la suppression des classes bilangues (deux langues étrangères dès 11 ans). La réforme propose à la place deux langues étrangères pour tous à 12 ans (contre 13).

Ces mesures ont suscité de très vives réactions au sein de l'opposition de droite qui réclame le retrait pur et simple de la réforme.

Mardi encore, le parti UMP, principale force d'opposition, a jugé qu'il serait "raisonnable" de retirer la réforme et accusé Najat Vallaud-Belkacem d'"arrogance".

La réforme a aussi ses partisans: la gauche au pouvoir, deux syndicats dits réformateurs, la première fédération de parents d'élèves et... l'enseignement privé catholique, qui scolarise 20% des collégiens en France et auquel la réforme s'applique aussi.

En toile de fond s'opposent deux conceptions de l'éducation, qui nourrissent depuis des années des conflits en France: une vision égalitaire souhaite fournir à tous les élèves la même éducation, une autre plus "élitiste" conçoit que les plus méritants puissent se distinguer.

Preuve du caractère brûlant du sujet: parmi les dix manifestations les plus importantes enregistrées à Paris depuis 1945, deux visaient des réformes de l'éducation, en 1984 des écoles privées et en 1986 des universités.

bur-chp/mw/cmr