NOUVELLES
19/05/2015 12:46 EDT | Actualisé 19/05/2016 01:12 EDT

France : l'exécutif déterminé sur sa réforme du collège malgré la grogne des enseignants

L'exécutif français a affiché mardi sa détermination à faire passer sa réforme du collège portée par la ministre de l'Education Najat Vallaud-Belkacem malgré les controverses et la grogne d'une partie des enseignants.

Entre le quart et la moitié des enseignants ont fait grève mardi et plusieurs milliers d'entre eux ont manifesté pour protester contre cette réforme qui vise à lutter contre les inégalités scolaires, mais qui est vilipendée par l'opposition de droite et des intellectuels de renom.

La ministre de l'Education, qui à 37 ans vit son baptême du feu après un parcours fulgurant au gouvernement, a reçu le soutien des députés socialistes au cours de la séance des questions orales à l'Assemblée nationale, la chambre basse du parlement.

De Berlin, où il venait de rencontrer la chancelière Angela Merkel, le président François Hollande a souligné que la réforme devait "permettre d'assurer la réussite pour tous" et "l'excellence" qui doit "être partagée et pas abaissée".

La contestation concerne notamment la suppression des classes "bilangues", où une minorité d'élèves de 6e (la première classe de collège, à 11 ans) peut étudier deux langues vivantes étrangères, en général l'anglais et l'allemand, ce qui fait craindre à certains, notamment en Allemagne, un recul de l'allemand.

La réforme prévoit en revanche que l'apprentissage d'une deuxième langue étrangère commence pour tous dès la 5e (à 12 ans), au lieu de la 4e comme c'est le cas actuellement.

"Au terme de la réforme (...), il y aura plus de jeunes apprenants en allemand qu'aujourd'hui", a assuré François Hollande.

Avant même les manifestations d'enseignants, Manuel Valls a promis que la réforme serait "mise en oeuvre comme prévu". Il s'agit d'un choix "entre le mouvement, la réforme indispensable, et le conservatisme", a ajouté le Premier ministre.

Peu après, Najat Vallaud-Belkacem a enfoncé le clou, assurant que la réforme "se ferait" bien à la rentrée 2016, tout en se disant "ouverte à la discussion" sur sa mise en oeuvre.

Sa réforme part du constat que le système scolaire français ne cesse de reculer dans les classements internationaux et est, selon une enquête de référence de l'OCDE (l'enquête Pisa), l'un des plus inégalitaires du monde.

Près de 150.000 élèves sortent chaque année de l'école sans diplôme. Ce phénomène n'affecte que 5% des enfants de cadres, mais quasiment un tiers (32%) de ceux d'ouvriers.

- 'Deux conceptions de l'éducation' -

Pour limiter le décrochage, la ministre souhaite renforcer l'autonomie des collèges, l'interdisciplinarité et l'accompagnement personnalisé des élèves.

Mais les syndicats redoutent que l'autonomie ne donne trop de pouvoir aux chefs d'établissement et que l'interdisciplinarité grignote les horaires de chaque matière, dans un pays où le corps professoral est très attaché à ses disciplines.

Les enseignants de grec et de latin craignent un effritement de leurs horaires avec la suppression de ces options suivies par une minorité d'élèves, remplacées par un enseignement pratique consacré aux langues et cultures de l'Antiquité.

Ces mesures ont suscité de très vives réactions au sein de l'opposition de droite qui réclame le retrait pur et simple de la réforme.

Mardi encore, le parti UMP, principale force de l'opposition, a jugé qu'il serait "raisonnable" de retirer la réforme et accusé Najat Vallaud-Belkacem d'"arrogance".

La réforme a aussi ses partisans : la gauche au pouvoir, deux syndicats dits réformateurs, la première fédération de parents d'élèves et... l'enseignement privé catholique, qui scolarise 20% des collégiens en France et auquel la réforme s'applique aussi.

En toile de fond s'opposent deux conceptions de l'éducation, qui nourrissent depuis des années des conflits en France : une vision égalitaire, avec le souhait de fournir à tous les élèves la même éducation, une autre plus "élitiste", dans laquelle on conçoit que les plus méritants puissent se distinguer.

Mais les premiers arguent que les filières d'élite sont de fait choisies en priorité par les parents des classes aisées, contribuant à aggraver les inégalités.

Preuve du caractère brûlant du sujet : parmi les dix manifestations les plus importantes enregistrées à Paris depuis 1945, deux visaient des réformes de l'éducation, en 1984 des écoles privées et en 1986 des universités.

bur-chp/nou/mw/bds