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19/05/2015 07:50 EDT | Actualisé 19/05/2016 01:12 EDT

Congo : Sassou lance des "consultations", prélude à un possible changement de Constitution

Soupçonné de vouloir changer la Constitution dans le but de se maintenir au pouvoir après 2016, le président congolais Denis Sassou Nguesso entame mercredi des consultations tous azimuts "sur la vie de la Nation et de l'État".

Pour l'opposition, M. Sassou, âgé de 72 ans et qui cumule plus de trente ans à la tête du pays, lance ainsi les grandes manoeuvres en vue d'une présidence perpétuelle, dans un contexte continental agité sur la question comme au Burkina Faso en octobre dernier et actuellement au Burundi.

La Constitution congolaise de 2002 limite en effet à deux le nombre des mandats présidentiels et dispose que l'on ne peut être candidat à la présidence si l'on est âgé de plus de 70 ans.

Le chef de l'Etat s'est jusqu'à présent placé en observateur, au-dessus du débat sur l'opportunité d'un changement constitutionnel, qui ferait passer le Congo-Brazzaville à une nouvelle république. Ses partisans ne font cependant pas secret de leur intention de voir la loi fondamentale modifiée pour que leur héraut puisse continuer de présider à la destinée du pays.

"Le président de la république procédera à compter de ce mercredi 20 mai 2015, à une série de consultations des partis politiques, des acteurs des organisations de la société civile, des responsables des confessions religieuses, des dirigeants de certaines institutions constitutionnelles et des personnalités, sur la vie de la Nation et de l'État", a annoncé la présidence dans un communiqué laconique publié lundi soir.

Signataire de ce texte, Firmin Ayessa, directeur de cabinet du président, n'a pu être joint mardi matin pour préciser davantage l'objet des discussions que compte entamer M. Sassou.

Cependant, le président avait annoncé fin avril l'imminence d'un "dialogue" sur le changement constitutionnel demandé depuis décembre par sa famille politique, le Parti congolais du travail (PCT). "Si au cours de ce dialogue le consensus ne se dégage pas, il faudra interroger le peuple" par référendum, avait-il ajouté.

"J'ai le sentiment que le président Sassou Nguesso est dans son schéma de vouloir modifier la Constitution, par voie référendaire, afin de s'éterniser au pouvoir. Son communiqué est ambiguë [...] il y a un agenda caché", a déclaré à l'AFP Clément Miérassa, président du Parti social démocrate congolais (PSDC, opposition).

Président du Congo pendant treize ans sous le règne du parti unique, M. Sassou a été battu lors des premières élections multipartistes de 1992 et est revenu au pouvoir au terme d'une violente guerre civile en 1997.

Il s'est fait élire en 2002 et réélire en 2009 dans les deux cas lors de scrutins contestés ou boycottés par l'opposition.

- 'Terminus' -

A l'approche de la fin du deuxième septennat de M. Sassou (qui arrive à son terme en août 2016), les partisans du président multiplient les appels à changer les articles de la loi fondamentale lui interdisant de se représenter.

Rejeté en bloc par l'opposition, qui appelle le président à "quitter le navire" dans le calme en 2016, l'hypothèse d'un changement de Constitution divise au sein même de la majorité et du PCT.

"Quand un train arrive au terminus il ne continue plus", déclare Guy-Romain Kinfoussia de l'Union pour la démocratie et la république (UDR-Mwinda, opposition).

"Notre Constitution ne prévoit pas les mécanismes de son changement total", affirme Guy-Brice Parfait Kolélas, ministre de la Fonction publique et président du Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral (MCDDI), deuxième force de la majorité, pour qui "le processus électoral au Congo n'est pas crédible".

Membre du comité central du PCT, Charles Zacharie Bowao est l'un des rares dirigeants de ce parti à s'opposer au changement de Constitution, qu'il juge "inopportun". "Les articles portant sur la durée et le nombre de mandats [présidentiels] tout comme la laïcité de l'État sont intouchables", estime cet ancien ministre de la Défense qui plaide en vain depuis plusieurs mois au sein de son parti pour que l'on reconnaisse "l'alternance comme expression de la démocratie".

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