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19/05/2015 10:56 EDT | Actualisé 19/05/2016 01:12 EDT

Condamné à mort en Egypte, un universitaire dénonce le "règne de la terreur"

Un universitaire égyptien de renom, condamné à mort dans un procès concernant aussi l'ex-président islamiste Mohamed Morsi, a dénoncé dans un entretien avec l'AFP le "règne de la terreur" instauré par les autorités pour réprimer l'opposition au président Abdel Fattah al-Sissi.

Emad Shahin, qui a quitté l'Egypte en janvier 2014 et enseigne à la prestigieuse université américaine de Georgetown, a écopé samedi de la peine capitale aux côtés de 15 autres personnes, dans un procès pour espionnage au profit du Hamas palestinien, du Hezbollah libanais et de l'Iran.

M. Morsi, destitué par l'armée en juillet 2013, est également jugé dans cette affaire, mais son verdict est attendu le 2 juin.

"Un tel verdict envoie un message au peuple égyptien dans son ensemble: le règne de la terreur se poursuit, et il est extrêmement risqué de s'opposer au régime" du président Sissi, s'est insurgé M. Shahin, expert en politique publique.

La population, lassée par le chaos régnant depuis le renversement d'Hosni Moubarak en 2011, soutient en grande majorité M. Sissi, qui est régulièrement accusé d'avoir instauré un régime encore plus répressif que celui de M. Moubarak, après avoir chassé M. Morsi.

Des centaines des partisans de M. Morsi ont ainsi été tués en 2013 dans des heurts avec les forces de sécurité, et des milliers arrêtés.

"Je ne peux pas dire que j'étais choqué", a précisé M. Shahin, 57 ans, au sujet de sa condamnation. "Vu le rythme auquel la justice prononce des condamnations, tout était possible".

Des centaines de personnes ont en effet été condamnées à la peine capitale dans des procès de masse expéditifs, qualifiés par l'ONU de "sans précédent dans l'histoire récente" du monde.

- 'Sissi doit partir' -

Le politologue, qui a enseigné dans les universités américaines de Harvard et de Columbia, a par ailleurs dénoncé le silence de l'Occident face aux exactions des "autocrates", estimant que "Sissi fait partie du problème, il doit partir."

Il "a construit sa raison d'être sur l'éradication des islamistes, de l'opposition, de la révolution du 25 janvier", le soulèvement populaire contre M. Moubarak, a-t-il estimé dans un entretien téléphonique.

Quelques heures après le verdict, ses anciens étudiants et collègues de l'université américaine du Caire (AUC) lançaient une campagne de protestation sur les réseaux sociaux.

"Peine de mort grotesque pour Emad Shahin - professeur aimé et respecté par tant d'anciens étudiants d'AUC", s'est indignée la militante des droits de l'Homme Heba Morayef sur son compte twitter.

"C'est un démocrate qui croit en les droits de l'Homme, au pluralisme, et à l'inclusion des islamistes modérés en politique", a indiqué à l'AFP Ashraf el-Sherif, professeur à AUC, qui connaît M. Shahin depuis 1998.

"C'est un indépendant, qui s'est opposé au régime de Moubarak (...) et a même été critique vis-à-vis de Morsi", a-t-il ajouté.

M. Shahin s'est défendu d'avoir rencontré ou conseillé M. Morsi, critiquant le bilan de sa confrérie, les Frères musulmans, à la tête de l'Etat.

"Ils n'ont pas été suffisamment révolutionnaires, ils ont voulu réformer l'état de l'intérieur, alors ils ont été dévorés", selon lui.

Il estime cependant être condamné pour avoir critiqué "le coup d'Etat" contre M. Morsi, ayant la conviction qu'"un processus démocratique même faible est préférable à un régime autoritaire fort."

M. Morsi a écopé samedi de la peine capitale pour son rôle dans des évasions massives de prison et des attaques visant la police durant la révolte de 2011.

La condamnation de M. Shahin doit encore recueillir l'avis, non contraignant, du mufti d'Egypte, avant d'être confirmée ou infirmée le 2 juin. Jugé par contumace, il pourra faire appel du verdict s'il se rend à la police.

Mais pour l'universitaire, il est hors de question de rentrer: "Même si la peine de mort est commuée, qu'est ce que ce sera, la prison à vie?"

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