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Comment donner une seconde vie au verre?

Un recycleur de verre de Saint-Jean-sur-Richelieu soutient qu'il pourrait recueillir les 200 millions de bouteilles de la Société des alcools (SAQ) que les Québécois mettent chaque année dans leurs bacs de recyclage et qui se retrouvent en majorité au dépotoir. En attendant, la moitié du verre qu'il traite provient des États-Unis.

Un texte de Jean-Sébastien Cloutier

Dans les locaux de 2M Ressources, le bruit est assourdissant. Chaque jour, des centaines de milliers de bouteilles de bière consignées y entrent pour être cassées, concassées et tamisées avant de ressortir sous forme de granules semblables à du gros sable. Cette nouvelle poudre sera ensuite transformée en nouvelles bouteilles, en pots Masson ou en laine isolante.

Le grand patron, Michel Marquis, estime que ces transformations sont possibles parce que son verre est consigné et qu'il n'est pas mélangé avec d'autres produits, comme c'est le cas avec les bouteilles de vin mises au bac de recyclage. C'est que le contenu des bacs se retrouve dans les centres de tri, mais le tri n'y est jamais parfait et le verre des bouteilles finit mélangé avec d'autres produits.

Michel Marquis a montré à Radio-Canada ses montagnes de verre reçues d'un centre de tri et qu'il ne peut pas traiter. « Un ressort, qu'est-ce que tu veux que je fasse avec un ressort? Du plastique, une bouteille qui a de l'aluminium! Et un autre type de céramique! », déplore-t-il.

Découragé, il estime que 15 % à 30 % de la matière reçue du centre de tri est constituée de déchets, « des contaminants » comme on les appelle dans le milieu. Michel Marquis vient donc d'investir 2,5 millions de dollars pour de nouveaux équipements qui devraient l'aider à récupérer le verre de la collecte sélective plus facilement. Mais il est loin d'être optimiste.

« On est obligés de tellement rouler lentement pour être sûrs d'enlever la contamination, on n'arrive pas jusqu'à maintenant à chiffrer ce que ça va nous coûter pour en faire un produit à valeur ajoutée », affirme Michel Marquis.

D'autant plus, ajoute-t-il, que les déchets devront ensuite être transportés et enfouis à ses frais, une facture qu'il estime à 100 $ la tonne. « Ce n'est carrément pas viable! On n'a pas les infrastructures [...] pour défrayer les coûts d'enfouissement », dit-il.

Aujourd'hui au Québec, vu la complexité des opérations et faute de débouchés rentables, 65 % du verre des centres de tri prend la route des sites d'enfouissement pour servir de chemins aux camions ou pour recouvrir les déchets. Ainsi, depuis novembre 2013, le verre des Montréalais et des Lavallois se retrouve au dépotoir de Lachenaie.

Et pourtant, la consigne existe ailleurs

Michel Marquis souhaiterait changer la donne avec ses nouveaux équipements, mais espère surtout qu'ils serviront à broyer du verre qui sera consigné. Il soutient pouvoir accueillir les 200 millions de bouteilles de la SAQ bues par les Québécois chaque année et assure qu'il aurait les partenaires pour donner une deuxième vie à ce verre.

« La plupart des provinces ont une consigne et ça fonctionne [...] Pourquoi lorsqu'on parle de consigne au Québec, ça coûte le double de l'Ontario qui a le double de volume de nous autres? J'ai un problème, je ne comprends pas! », souligne -t-il.

« La quasi-totalité du verre consigné est à 100 % recyclable. On est prêts à débourser pour acheter ce verre-là parce qu'on n'a pas de coûts d'enfouissement », ajoute-t-il.

Une récente étude publiée par la SAQ soutient que la consigne lui coûterait 250 millions de dollars sur cinq ans, un chiffre contesté par certains environnementalistes. Si la société d'État ne veut pas de la consigne, le ministre de l'Environnement David Heurtel, lui, y songe.

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