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19/05/2015 06:53 EDT | Actualisé 19/05/2016 01:12 EDT

Cannes: dans "Mustang", la turque Deniz Gamze Ergüven donne la parole aux femmes

La réalisatrice turque Deniz Gamze Ergüven, 36 ans, l'une des révélations du Festival de Cannes, où son premier film "Mustang" est présenté mardi, a voulu "raconter ce que c'est d'être une femme" dans son pays.

Projeté à la Quinzaine des réalisateurs, section parallèle du festival, "Mustang" est l'histoire de cinq soeurs drôles et effrontées à l'âge de la puberté, qui vivent dans un village au bord de la mer en Turquie.

Jugées trop libres, elles sont peu à peu séquestrées par leur famille, qui décide de les marier de force au plus vite. Entre résignation et révolte, les soeurs vont vivre différemment cette situation.

"+Mustang est parti à l'origine du désir de raconter ce que c'est d'être une femme, une fille en Turquie", a raconté à l'AFP Deniz Ergüven, qui a grandi entre la Turquie et la France et étudié le cinéma à Paris, à la Fémis.

"Je crois que le fait de ne pas toujours être en Turquie fait que quand j'y retourne, j'ai une impression de corsetage. Je ressens l'espèce de bizarrerie que ça peut être", poursuit la réalisatrice, qui a co-écrit le scénario avec la cinéaste française Alice Winocour ("Augustine").

A travers l'histoire de ces cinq soeurs, qui rappellent celles de "Virgin Suicides" de Sofia Coppola, Deniz Gamze Ergüven dit avoir voulu "donner la parole" à des "filles pleines de vie, de liberté, modernes".

Le film est basé sur des situations réelles, qu'elle a vécues ou vues, mais dont le traitement se veut ensuite "loin du naturalisme".

- 'Société patriarcale' -

"Avec +Mustang+, j'ai l'impression de parcourir tous les secrets de femmes dont on sait qu'ils sont là, sauf qu'ils ne sont jamais abordés et discutés", dit-elle.

"Pour une fois, il y a un film qui d'une certaine manière nous ressemble", ajoute-t-elle, déplorant que "le devant de la scène en Turquie soit occupé par des dignitaires politiques qui n'arrêtent pas de s'exprimer sur ce que doit être et ce que doit faire une femme".

"Il y a une espèce de société patriarcale, qui est en train de s'endurcir. C'est extrêmement pénible. Et les femmes sont à l'intérieur de ce discours des objets", poursuit-elle. "Il y avait quelque chose de ma part qui était de l'ordre de la prise de parole".

Pour Deniz Gamze Ergüven, des femmes doivent faire ce type de films car, dit-elle, "il y a des choses que l'on vit qui sont vraiment des territoires inexplorés en termes de cinéma".

"Pour moi, la masculinité, c'est un peu comme New York et le cinéma. C'est-à-dire quelque chose qui a été archi filmé. La féminité, c'est plutôt pétaouchnok, c'est-dire l'endroit qui n'a jamais été filmé", lance-t-elle.

slb/fmi/DS