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19/05/2015 11:15 EDT | Actualisé 19/05/2016 01:12 EDT

Bruxelles à la peine pour faire passer des quotas d'accueil en matière d'asile dans l'UE

La Commission européenne risque de devoir réviser à la baisse ses ambitions pour une prise en charge plus solidaire des réfugiés et demandeurs d'asile dans l'UE, au vu de la levée de boucliers, notamment en France, contre le principe de quotas qu'elle a avancé.

"L'équilibre est difficile à trouver entre les réflexes de repli dans l'opinion publique et la nécessité pour l'Europe d'agir" face aux noyades de centaines de migrants et demandeurs d'asile en Méditerranée, a relevé une source européenne.

Un tour de table des ministres des Affaires européennes mardi à Bruxelles a confirmé que "le principe des quotas" avancé la semaine dernière par la Commission "est très fraîchement accueilli", a indiqué une deuxième source européenne à l'AFP.

Le président français François Hollande a réitéré mardi l'opposition française à cette idée, après la prise de position ce week-end de son Premier ministre, Manuel Valls.

"Il n'est pas question qu'il y ait des quotas d'immigrés", a-t-il souligné en visite à Berlin, tout en reconnaissant qu'il faudrait une meilleure "répartition" des réfugiés.

L'exécutif européen, qui présentera mercredi prochain un projet de législation détaillant ses propositions "devra prendre cela en compte", a ajouté la même source européenne.

Le premier rendez-vous est fixé au 16 juin, lors d'une réunion des ministres européens de l'Intérieur.

La Commission "a présenté une première idée", "beaucoup de détails restent à finaliser, nous travaillons de concert avec les États membres, pas dans le vide", a reconnu la porte-parole chargée de l'immigration, Natasha Bertaud, lors d'un point de presse.

Si elle a réaffirmé la volonté de la Commission d'imposer une "juste redistribution" des flux que les exodes, notamment de Syriens, font converger sur l'Europe, elle s'est soigneusement abstenue de prononcer le mot qui fâche de quota.

D'emblée, Londres et Budapest, avaient marqué leur opposition, vite rejointes par les États baltes, Varsovie, Bratislava et Prague.

Mais c'est la France, pourtant partisane déclarée de plus de solidarité européenne en matière d'asile avec l'Allemagne, qui a fait pencher la balance.

Au prix d'une certaine confusion, la proposition de la Commission ne porte en fait que sur les demandeurs d'asile et réfugiés, avec deux mécanismes prévus.

L'un, dit de relocalisation, doit soulager provisoirement les pays en première ligne dans la crise migratoire actuelle, en répartissant les candidats à l'asile tout juste débarqués.

L'autre, volontaire, dit de réinstallation, doit offrir sous deux ans 20.000 places à des réfugiés actuellement pris en charge dans des pays tiers.

-Modèle pour de futures crises ?-

L'Espagne a contesté les clés de répartition proposées, en fonction du PIB et de la population totale, et dans une moindre mesure, du chômage et du nombre de réfugiés déjà accueillis.

Si ces ratios étaient retenus, elle devrait, comme la France, accueillir plus de réfugiés, ce qui ne serait pas le cas pour l'Allemagne ou la Suède, déjà premiers de classe en matière d'asile.

Avec la France, "nos positions ne sont pas incompatibles, nous pouvons compter sur le soutien français pour le mécanisme d'urgence de relocalisation", a relativisé Mme Bertaud.

Un compromis est possible sur ce point, estime une troisième source européenne. A condition que la Commission "délimite strictement" le champ d'application, en précisant quels seraient les pays d'arrivée bénéficiaires, "à priori Italie et Grèce", et quelles nationalités de demandeurs d'asile seraient concernées, "à priori Syriens et Erythréens", précise-t-elle.

Le mécanisme est censé n'être que provisoire, même si l'exécutif européen espère pouvoir en tirer un modèle pour de futures crises migratoires.

En contrepartie, un tri et un fichage plus strict des arrivants serait mis en place pour intensifier les expulsions de ceux qui ne peuvent pas prétendre à une protection internationale.

Quant au projet de réinstallation de 20.000 réfugiés, la Commission souligne qu'il ne s'agirait que d'une "recommandation" aux États, la "clé de répartition" étant alors indicative. Mais elle risque de devoir en rabattre sur le nombre, qu'elle reconnaît avoir avancé en "allant plus loin" que ne le souhaitaient les 28.

"Il est fort probable" que le projet, personnellement porté par le président de la Commission Jean-Claude Juncker, soit "massacré, comme l'avait été le dernier plan d'action" élaboré à Bruxelles en 2013 après une première hécatombe au large de l'île italienne de Lampedusa, avait déploré dès la semaine dernière une source de l'exécutif européen.

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