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19/05/2015 02:29 EDT | Actualisé 19/05/2016 01:12 EDT

Au Burundi, le troisième mandat divise jusqu'au sein des familles

"Quand ils ont attaqué, mon frère ne m'a pas défendu et est allé s'en prendre à une autre maison" raconte Japhet, victime dans la nuit d'une attaque des Imbonerakure, la ligue de jeunesse du CNDD-FDD, le parti au pouvoir, à laquelle son aîné prenait part.

Au Burundi, les tensions politiques nées de l'actuelle contestation populaire à Bujumbura contre la candidature à un troisième mandat du président Pierre Nkurunziza, sont porteuses de violences et viennent s'immiscer jusqu'au coeur des familles.

Elles sonnent également comme un dangereux rappel des années précédant la guerre civile, quand les milices - "Sans-échec", "Sans défaite", "Gedebu"...- faisaient régner la terreur et la haine dans les quartiers.

Alors que son frère Félix, pasteur, milite au CNDD-FDD, Japhet, vendeur de 35 ans, est membre des FNL, un parti d'opposition. Durant la longue guerre civile burundaise (1993-2006), les deux groupes - alors deux rébellions hutues combattant un gouvernement tutsi - s'affrontèrent à plusieurs reprises.

Au milieu de la nuit de lundi à mardi, une quinzaine d'Imbonerakure - que l'ONU qualifie de milice au service du pouvoir - sont montés à Kamesa, zone rurale des hauteurs de Musaga, un quartier de Bujumbura, foyer de la contestation contre le président burundais.

"Je suis tombé au milieu de ce groupe, ils se sont jetés sur moi sans rien dire et ont commencé à me frapper", raconte Japhet qui rentrait chez lui.

Selon un témoin, qui a souhaité rester anonyme, le groupe avait repéré ses cibles: "ils frappaient aux portes de ceux qu'ils cherchaient, pour les faire sortir", raconte-t-il. Un seul a eu le malheur d'ouvrir et a été tabassé.

"Ce sont les Imbonerakure qui nous ont attaqué" vers minuit, assure de son côté Dieudonné, qui s'est foulé la cheville dans sa fuite pour leur échapper, "ils visaient particulièrement ceux qui manifestent contre le troisième mandat ou les FNL" dont Kamesa est un fief.

- 'Ils ont déclaré la guerre' -

Sur la colline, tout le monde se connaît. "Ce sont nos voisins, on vivait en bonne intelligence, mais maintenant ils (les militants du CNDD-FDD) ont déclaré la guerre, nous n'en voulons plus ici", assène Dieudonné.

Lundi matin, des jeunes FNL sont donc partis pour une opération de représailles vers les maisons de ceux qu'ils suspectent être des Imbonerakure.

Certains sont parvenus à fuir - dont Félix, le frère de Japhet -, cinq ont été capturés parmi lesquels Antoine qui assure être "un militant du CNDD-FDD mais pas un Imbonerakure".

"Lorsqu'ils sont arrivés chez moi, ils ont fouillé et trouvé des photos de moi où je suis en uniforme avec un fusil, des photos qui datent de l'époque où j'étais encore soldat", raconte Antoine. "Ils n'ont pas voulu me croire et ont commencé à me tabasser", dit-il, montrant des blessures à la tête et à la pommette et disant avoir les côtes cassées.

"Heureusement que la police est arrivée vite, car sinon ils m'auraient tué", assure-t-il, affirmant que ses assaillants cherchaient un pneu et de l'essence pour le brûler vif.

La Croix-Rouge est venue soigner Antoine et les quatre Imbonerakure présumés, au commissariat de Musaga, où la police les garde, dans un cachot sans électricité pour les protéger d'une foule menaçante, rassemblée à l'extérieur du poste de police de ce quartier très hostile au CNDD-FDD et à ses nervis, accusés de toutes sortes d'exactions.

Les jeunes FNL de Kamesa assurent qu'ils ont trouvé des machettes, des grenades et des uniformes. Un policier de Musaga réduit la prise de guerre à une grenade et deux bérets militaires dans une seule maison. Mais il est affirmatif: les cinq hommes sont bien des Imbonerakure. Japhet affirme lui qu'un des cinq capturés figurait parmi ses agresseurs.

La photo de Félix a elle été largement montrée dans le quartier de Musaga, au cas où il oserait y remettre les pieds. Lundi soir, les habitants de Kamesa se partageaient entre inquiets, disant qu'ils allaient aller dormir ailleurs, et bellicistes qui faisait voeu de "nettoyer" la zone "des derniers CNDD-FDD".

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