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18/05/2015 00:06 EDT | Actualisé 17/05/2016 01:12 EDT

Yémen: reprise des raids aériens après l'expiration de la trêve

La coalition arabe au Yémen a repris dimanche soir ses frappes aériennes, peu après l'expiration de la trêve humanitaire malgré un appel de l'ONU à la prolonger.

Le cessez-le-feu initié par la coalition arabe était en vigueur depuis mardi soir et a pris fin à 20H00 GMT dimanche.

Une heure plus tard, l'aviation de la coalition a lancé des raids à Aden, principale ville du sud.

Un raid a pris pour cible l'enceinte du palais présidentiel, un autre une base des forces spéciales, deux sites contrôlés par les rebelles et leurs alliés, des militaires fidèles à l'ex-président Ali Abdallah Saleh, selon des sources militaires et des témoins.

Durant cinq jours, la coalition, conduite par l'Arabie saoudite, a suspendu sa campagne de raids aériens lancée le 26 mars contre les rebelles chiites Houthis, et en soutien aux partisans du président yéménite en exil Abd Rabbo Mansour Hadi.

La trêve a cependant été entachée par des combats au sol, parfois meurtriers, entre rebelles et forces pro-Hadi ainsi que par des escarmouches à la frontière saoudienne où le royaume a déploré des attaques depuis le nord du Yémen, contrôlée par les Houthis.

La coalition a prévenu qu'elle perdait patience face aux "violations" répétées de cette pause par les Houthis, qui se sont emparés, depuis le début de leur offensive en juillet, de vastes zones du centre et de l'ouest du Yémen.

Soulignant que le cessez-le-feu n'avait pas permis d'acheminer suffisamment d'aide humanitaire dans les zones touchées par le conflit, l'émissaire de l'ONU Ismaïl Ould Cheikh Ahmed a exhorté dimanche "toutes les parties à respecter cette trêve pour au moins cinq jours supplémentaires".

L'ONU juge la situation humanitaire "catastrophique" au Yémen où plus de 1.600 personnes, dont de nombreux civils, ont été tuées depuis mars.

La trêve doit "se transformer en un cessez-le-feu permanent", a ajouté l'émissaire, en s'adressant, au nom du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, aux participants d'une conférence sur la crise au Yémen, organisée à Ryad.

"Il n'y aura pas de solution à cette crise sans un dialogue global qui n'exclut personne", a prévenu le diplomate mauritanien alors que la réunion s'est ouverte en l'absence des Houthis, qui insistent pour que des négociations de paix se tiennent au Yémen.

Devant les quelque 400 délégués réunis pour trois jours, le président Hadi a cependant affirmé n'exclure aucune partie.

- Heurts sporadiques à Aden -

Sur le terrain, des habitants ont fait état d'une situation relativement calme dimanche dans la capitale Sanaa, espérant le maintien du cessez-le-feu: "Nous nous soucions peu de nourriture ou d'eau mais nous avons besoin de sécurité", a expliqué ainsi Oum Hisham.

A Aden, quatre personnes ont été tuées et 39 blessées dans des heurts sporadiques, selon le responsable des services de santé, Al-Khader Laswar.

En 50 jours de combats dans la ville, 517 civils --dont 76 femmes et enfants-- et combattants pro-Hadi sont morts, a-t-il ajouté.

La "plupart" des médecins ont fui la ville, a-t-il par ailleurs assuré à l'agence de presse Sabanew.net, indiquant que 3.461 personnes avaient été blessées durant cette période.

A Dhaleh, où la trêve n'a pas empêché la poursuite des combats, des habitants rejetaient l'idée d'une poursuite du cessez-le-feu. "Les Houthis ont exploité la pause pour nous bombarder. Nous voulons que la coalition reprenne ses attaques", assurait l'un d'eux, Ali al-Assmar.

Dans la province voisine de Chabwa, des tribus ont menacé d'assaillir Ataq, chef-lieu de cette province tenue depuis avril par les rebelles, appelant la population à quitter la ville sous 24 heures.

Le conflit a attisé la tension entre l'Arabie saoudite, puissance sunnite du monde musulman, et l'Iran, chef de file des chiites. Accusé par Ryad d'armer les rebelles Houthis, Téhéran dément en affirmant ne leur apporter qu'une assistance humanitaire.

Un navire iranien transportant quelque 2.500 tonnes d'aide humanitaire destinée au Yémen est arrivé dimanche dans le Golfe d'Aden, malgré la mise en garde des Etats-Unis, qui demandaient à l'Iran de livrer le chargement "en accord avec les règles de l'ONU, via la plate-forme de distribution établie à Djibouti".

Mais Téhéran affirme s'être coordonné avec les Nations unies pour que le navire décharge d'ici quatre jours dans le port yéménite d'Hodeida, sur la Mer Rouge, qui est contrôlé par les Houthis.

Un bateau chargé d'une cargaison de 1.200 tonnes de vivres, dépêchée par les Emirats arabes unis au Yémen, a par ailleurs accosté samedi soir à Aden, a indiqué un adjoint du gouverneur d'Aden.

Le coordinateur des activités humanitaires de l'ONU pour le Yémen, Johannes van der Klaauw, a appelé la coalition à "simplifier" le contrôle des cargaisons destinées à ce pays, estimant que ces mesures freinaient l'acheminement vital de biens et d'aide humanitaire.

La tension au Yémen, mais aussi en Irak, font par ailleurs craindre aux marchés des perturbations dans l'approvisionnement du pétrole. Les cours du brut étaient en hausse lundi en Asie.

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