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18/05/2015 16:44 EDT | Actualisé 18/05/2016 01:12 EDT

Washington admet que la chute de Ramadi est un revers

Le Pentagone a reconnu lundi que la chute de la ville irakienne de Ramadi, si elle n'était pas militairement stratégique, n'en constituait pas moins un "revers" dans la lutte contre le groupe Etat islamique (EI).

"Nous avons toujours dit qu'il y aurait des avancées et des reculs, des victoires et des revers. C'est un revers", a convenu le colonel Steven Warren, porte-parole du Pentagone, en ajoutant immédiatement que la ville serait "reprise".

Le Pentagone a toujours minimisé l'importance militaire de Ramadi, le chef-lieu de la province sunnite d'Al-Anbar qui était disputé depuis 18 mois par les jihadistes et les forces gouvernementales irakiennes.

"Je préfèrerais que Ramadi ne tombe pas, mais ce ne sera pas la fin de la campagne contre l'EI si Ramadi tombe", avait expliqué mi-avril le plus haut-gradé américain, le chef d'état-major inter-armées Martin Dempsey, soulignant la plus grande valeur stratégique de la raffinerie de Baïji, au nord de Bagdad, elle aussi objet d'assauts acharnés de l'EI.

Mais la chute de Ramadi n'en instille pas moins le doute sur la capacité des forces irakiennes à réellement prendre l'avantage sur les jihadistes.

Et ce, malgré dix mois de bombardements quotidiens de la coalition dirigée par les Etats-Unis sur le groupe Etat islamique, et l'effort de formation accélérée de milliers de soldats irakiens entrepris par cette même coalition.

La chute de Ramadi intervient aussi alors que le Pentagone répète tous les jours que les jihadistes sont "sur la défensive".

- Implication des milices -

"Ce qui est particulièrement inquiétant, c'est la proximité de Ramadi avec Bagdad et le fait que les forces irakiennes ne réussissent pas à sécuriser les axes" vers la capitale, a estimé Ellen Laipson, la présidente du groupe de réflexion non partisan Stimson center.

"Les évènements ont pris une tournure très dangereuse, au moins à court terme", a-t-elle ajouté.

"La perte de Ramadi et les tentatives probables de l'EI pour monter des attaques vers Bagdad et Kerbala (ville à majorité chiite, ndlr) vont encore affaiblir la crédibilité déjà basse du gouvernement irakien", a souligné Zaineb Al-Assam, un expert du groupe de recherche stratégique IHS.

Le recul des forces irakiennes a pour effet de remettre au premier plan les milices chiites, appelées à la rescousse par le gouvernement de Bagdad, mais dont l'implication est vue avec méfiance par Washington.

"Les milices ont un rôle à jouer aussi longtemps qu'elles sont sous le contrôle du gouvernement irakien", a souligné lundi le colonel Steven Warren.

L'implication des milices "pourrait être inquiétante, mais nous n'avons pas encore d'informations pour pouvoir juger", a relevé Ellen Laipson. "Nous ne savons pas encore si les milices chiites vont agir indépendamment ou vraiment venir en renfort des forces irakiennes", a-t-elle dit.

"Il y a des exemples d'habitants de la province d'Al-Anbar acceptant le soutien des milices chiites" du moment que celles-ci "ne vont pas trop loin", a indiqué Michael Knights, du groupe de réflexion Washington Institute.

Pour lui, la proximité de Ramadi avec Bagdad rend en tout cas probable une contre-offensive rapide du gouvernement de Bagdad.

Les forces de Bagdad vont "regagner le terrain dans la plus grande partie de la ville à mon avis assez rapidement, dans les semaines à venir", a-t-il estimé.

Mais pour Jim Phillips, du groupe de réflexion conservateur Heritage Foundation, la chute de Ramadi est "de mauvais augure pour les plans irakiens et américains de reconquête de Mossoul", la grande ville du nord de l'Irak dont la reconquête est le grand objectif de la coalition.

La chute de Ramadi est "un revers sérieux pour l'administration Obama et le gouvernement irakien", a-t-il estimé.

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