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18/05/2015 10:20 EDT | Actualisé 18/05/2016 01:12 EDT

La Russie tente de relancer un secteur spatial affaibli par une série noire

Avec une réforme de son agence spatiale, une nouvelle fusée et un nouveau cosmodrome, la Russie tente, non sans difficultés, de relancer un secteur qui a fait sa fierté dans la période soviétique mais qui accumule aujourd'hui les échecs.

"Nous n'avons plus le droit à l'erreur", a réagi le vice-Premier ministre Dmitri Rogozine après un nouvel échec d'un lanceur russe Proton qui devait mettre sur orbite un satellite mexicain, évoquant la nécessité de "changements constructifs" après une série noire pour le secteur.

Zénit en 2013, Proton déjà en 2014, Progress lancé par le Soyouz fin avril... Humiliants, ces accidents à répétition portent un coup à la réputation de l'industrie russe dans la compétition mondiale pour lancer des satellites, avec notamment la fusée européenne Ariane.

Le dernier échec de Proton, dont les lancements sont suspendus sine die, "est très malheureux", a ainsi déploré Rupert Pearce, le directeur général de l'opérateur britannique Inmarsat.

Vladimir Poutine a fait du redressement du secteur spatial une priorité. Les réformes actuelles sont cependant menées dans un contexte de crise, avec des importations de pièces détachées rendues plus chères et la réduction des budgets.

Pour Igor Afanassiev, de la revue Nouvelles de l'Espace, le secteur est aussi confronté à "un déficit de cadres qualifiés, ingénieurs ou ouvriers, résultat de l'effondrement des années 1990".

- Refonte de Roskosmos -

L'agence spatiale russe, qui en est à son quatrième président en moins de cinq ans, est en train d'être transformée en grande holding publique chargée non seulement des orientations scientifiques mais aussi de leur application industrielle en intégrant les entreprises actives dans le secteur. Annoncée en janvier, la réforme est désormais au Parlement et son objectif est de rendre plus efficace l'organisation du secteur, comme cela a été fait avec succès pour une autre industrie stratégique réunissant civil et militaire, le nucléaire, avec la création en 2007 de Rosatom.

"L'idée est de tout rassembler dans les mains d'une seule personne", résume le spécialiste Sergueï Gorbounov, ancien porte-parole de Roskosmos. "C'est opportun mais compliqué: il y a un nombre superflu de gens et d'entreprises, il faudra soit licencier, soit leur trouver de nouvelles fonctions".

Signe du changement de philosophie, Vladimir Poutine a choisi pour diriger cet ensemble un industriel: Igor Komarov, chef d'orchestre de la modernisation et de l'assainissement financier du constructeur automobile Lada.

- Une nouvelle fusée-

Après deux échecs en un an du lanceur lourd Proton, dont la première version date des années 1960, M. Rogozine a appelé lundi à "accélérer le passage" à la fusée appelée à le remplacer, Angara, en cours de test. Première fusée conçue en Russie depuis la chute de l'URSS, cette dernière peut emmener dans l'espace 24 tonnes pour sa version lourde et fait appel à un mode de propulsion moins polluant à base de kérosène et d'oxygène liquide.

"A terme, elle va surpasser toutes nos fusées, Proton et les modèles plus légers" souligne l'expert Sergueï Gorbounov. Et avec une seule rampe de lancement pour cinq configurations, "elle permettra d'économiser des sommes énormes sur les bases de lancement".

Le programme, qui doit selon Vladimir Poutine aussi permettre à la Russie d'améliorer ses capacités de défense, a cependant été assombri par l'annulation au dernier moment du premier essai en juin 2014.

- Un nouveau cosmodrome -

Dépendante depuis la chute de l'URSS du cosmodrome de Baïkonour dans un Etat étranger, bien qu'allié, le Kazakhstan, la Russie construit depuis 2012 sa propre base, Vostotchny, dans l'Extrême-orient russe.

"La Russie va bénéficier d'un accès indépendant à l'espace", retient Igor Afanassiev, qui vante un "cosmodrome moderne, compact (seulement 700 km2, ndlr) et à la situation plus rentable que Plessetsk", cosmodrome existant au Nord de la Russie, peu rentable pour une utilisation commerciale car loin de l'équateur.

Ce chantier a toutefois tourné au casse-tête avec des enquêtes à répétitions pour des détournements de fonds massifs et des ouvriers se plaignant de ne pas être payés au point que Vladimir Poutine a dû taper du poing sur la table. L'ancien responsable du chantier a ainsi été assigné à résidence lundi par la justice.

Pour M. Gorbounov, si la reprise en main au plus haut niveau a permis d'accélérer les travaux, un premier lancement comme prévu dès la fin de l'année "est peu probable".

or-gmo/kat/mr

INMARSAT