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18/05/2015 06:23 EDT | Actualisé 18/05/2016 01:12 EDT

Affaire Kerviel: de nouvelles révélations font renaître le soupçon sur la Société générale

Sept ans après l'affaire Kerviel, de nouvelles révélations font renaître le soupçon sur l'éventuelle connaissance par la Société générale des agissements de l'ex-trader qui ont placé la banque française au bord du gouffre début 2008.

La commandante de police qui avait dirigé l'enquête sur les conditions de la perte de 4,9 milliards d'euros déclarée en janvier 2008 par le groupe a fait état récemment à un juge d'éléments selon lesquels une partie de la hiérarchie de la Société générale "ne pouvait ignorer" les engagements colossaux pris sur les marchés par Jérôme Kerviel, affirme le site d'information français Mediapart.

Ex-officier respectée au sein de la brigade financière, Nathalie Le Roy, a fait ces déclarations lors d'une audition en avril dans le cadre d'une enquête pour "escroquerie au jugement", "faux" et "usage de faux" ouverte en 2014, précise le site.

"A l'occasion des différentes auditions et des différents documents que j'ai pu avoir entre les mains, j'ai eu le sentiment puis la certitude que la hiérarchie de Jérôme Kerviel ne pouvait ignorer les positions prises par ce dernier", a-t-elle affirmé à un juge parisien, selon Mediapart.

Pour appuyer ses dires, Mme Le Roy a notamment évoqué le témoignage d'un ancien salarié de Société Générale, rapporte le site.

Opérant au sein de l'entité "risques opérationnels" de la banque, il a assuré à l'enquêtrice que "l'activité de Jérôme Kerviel était connue" et affirmé avoir alerté dès avril 2007 plusieurs dirigeants, notamment par le biais d'un courriel "avec une tête de mort pour attirer leur attention".

En dépit de plusieurs tentatives, dont une réquisition judiciaire auprès de la banque restée lettre morte, Mme Le Roy n'a pu mettre la main sur ce message électronique, explique Mediapart.

La Société générale a réagi dans la nuit de dimanche à lundi en disant "s'étonner" de ces informations. Elle a souligné que la justice française avait à plusieurs reprises "reconnu la culpabilité pénale exclusive" de l'ex-trader.

La banque a aussi fait valoir dans un communiqué que son ancien opérateur de marché "avait lui-même déclaré aux policiers qui l'interrogeaient en janvier 2008 qu'il avait agi seul et à l'insu de sa hiérarchie".

- Importantes carences de contrôle -

Jérôme Kerviel avait exposé la Société Générale à hauteur de 50 milliards d'euros lorsque l'affaire a éclaté il y a sept ans.

La Société générale a toujours affirmé qu'en soldant ses positions au plus vite pour ne pas risquer la faillite, elle avait enregistré une perte astronomique de 6,3 milliards, dont avait été déduit un gain de 1,4 milliard réalisé par l'ex-trader l'année précédente.

Plusieurs enquêtes rendues publiques depuis 2008 ont révélé d'importantes carences de contrôle au sein de l'établissement. Elles ont, entre autres, souligné que les opérations de Kerviel avaient fait l'objet de plusieurs dizaines d'alertes, notamment en 2007, sans que la banque ne prenne de mesure le concernant.

Pour autant, le tribunal correctionnel et la cour d'appel de Paris ont estimé, à l'issue des deux procès de Jérôme Kerviel, que ce dernier avait été "l'unique concepteur, initiateur et réalisateur" d'un "système de fraude" qui l'a conduit à exposer la Société générale pour des montants colossaux.

Devenu l'un des symboles des dérives du monde de la finance, Jérôme Kerviel a été reconnu coupable d'avoir dissimulé ses prises de risques sur des produits financiers dérivés et définitivement condamné en mars 2014 à cinq ans de prison, dont trois ferme.

Libéré en septembre 2014 après 112 jours de détention, il purge sous bracelet électronique le solde de sa peine.

La Cour de cassation, plus haute instance judiciaire française, a en revanche cassé l'an dernier le volet civil de son jugement, qui lui imposait le paiement de 4,9 milliards de dommages et intérêts à Société générale.

Un nouveau procès civil doit se tenir en 2016 pour établir la répartition des responsabilités dans cette perte, la banque ayant reconnu avoir failli sur le plan des contrôles.

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