POLITIQUE
15/05/2015 01:55 EDT | Actualisé 15/05/2015 03:10 EDT

Publicité partisane ou promotion d'un programme gouvernemental? (VIDÉO)

Le premier ministre Stephen Harper assure qu'il « examinera » la situation dans laquelle s'est placé son ministre de l'Emploi et du Développement social, Pierre Poilièvre, qui a utilisé des fonds publics pour réaliser des vidéos dans lesquelles il fait lui-même la promotion d'un programme d'aide à la famille du gouvernement conservateur.

Dans un article en une de son édition du vendredi, le Globe and Mail affirme que trois membres d'une équipe dédiée aux communications de son ministère ont fait des heures supplémentaires le dimanche 26 avril pour tourner cette vidéo dans laquelle il vante le programme de prestation universelle pour garde d'enfants décidé par le gouvernement. L'affaire soulève des questions sur l'utilisation de fonds publics à des fins partisanes.

Vendredi matin, M. Harper a néanmoins soutenu qu'il n'était pas au courant des détails de cette affaire, publiée des heures plus tôt par le quotidien de référence du Canada anglais. « Je ne suis pas conscient des détails de cette histoire, mais évidemment j'examinerai cette situation », a-t-il déclaré laconiquement aux journalistes, au terme d'une annonce faite à Truro, en Nouvelle-Écosse.

La vidéo en cause met en scène le ministre Poilièvre qui s'approche de parents fréquentant un marché aux puces de sa circonscription de Nepean-Carleton, au sud d'Ottawa, pour distribuer des prospectus.

« Le premier ministre a augmenté la prestation universelle pour garde d'enfants pour juillet », lance-t-il à une femme à la recherche d'aubaines. « Oui, 100 % des familles sont admissibles, pourvu que les enfants aient moins de 18 ans. » Lorsque la femme déclare qu'il s'agit là d'une bonne nouvelle, il renchérit : « Oui, ce sont de très bonnes nouvelles ».

La vidéo de deux minutes et demie, tournée à quelques semaines du déclenchement des prochaines élections fédérales, se termine sur un logo du gouvernement du Canada.

D'autres vidéos du genre ont aussi été diffusées par M. Poilièvre et son ministre. Dans l'une d'elles, il dit être « fier que notre premier ministre [rende] la vie plus abordable en remettant de l'argent directement dans les poches des familles canadiennes ».

Le ministère de l'Emploi et du Développement social refuse de dire combien d'argent a été investi dans la vidéo filmée dans un marché aux puces, mais confirme que trois fonctionnaires du ministère ont fait des heures supplémentaires à cette fin un dimanche.

Le ministère précise en outre qu'il dispose depuis 2008 d'un budget annuel de 50 000 $ pour réaliser des vidéos et des photos promotionnelles, en plus des salaires des cinq fonctionnaires qui font partie de cette équipe de production.

L'approche du ministre Poilièvre est vivement critiquée par le député libéral David McGuinty, qui défend un projet de loi visant à interdire les apparitions de politiciens dans des vidéos et des publicités du gouvernement du Canada. Il dénonce une utilisation « sans gêne » de fonds publics.

À la Chambre des communes, vendredi, M. McGuinty a accusé le ministre Poilièvre « d'abuser » des fonds publics. « Il a utilisé ses fonctionnaires et l'argent des contribuables pour des publicités électorales au sujet de politiques conservatrices que le Parlement n'a même pas adopté », a-t-il dénoncé.

Le ministre Poilièvre n'a pas bronché. « La raison pour laquelle les libéraux ne veulent pas que les Canadiens sachent l'existence de ces bénéfices, c'est parce que les libéraux veulent retirer ces bénéfices aux Canadiens », a-t-il argué.

Peu après avoir livré cette réponse, le ministre Poilièvre a d'ailleurs diffusé deux des vidéos en cause sur Twitter.

Au Canada, seul le gouvernement ontarien a adopté une loi visant à mieux encadrer ses publicités gouvernementales, afin d'éviter qu'elles ne se confondent des publicités partisanes. Elle est placée sous la supervision du bureau du vérificateur général.

Une mise à jour de cette loi, adoptée en 2003, est actuellement débattue à Queen's Park; l'objectif du projet de loi est d'interdire l'utilisation du nom, de la voix ou d'une image d'un politicien ainsi que le logo d'un parti politique dans de telles publicités.

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