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14/05/2015 12:23 EDT | Actualisé 14/05/2015 12:59 EDT

Des milliers de migrants victimes d'un «ping pong humain» en Asie du Sud-Est

Rohingya migrants stand and sit on a boat drifting in Thai waters off the southern island of Koh Lipe in the Andaman sea on May 14, 2015.  The boat crammed with scores of Rohingya migrants -- including many young children -- was found drifting in Thai waters on May 14, according to an AFP reporter at the scene, with passengers saying several people had died over the last few days.     AFP PHOTO / Christophe ARCHAMBAULT        (Photo credit should read CHRISTOPHE ARCHAMBAULT/AFP/Getty Images)
CHRISTOPHE ARCHAMBAULT via Getty Images
Rohingya migrants stand and sit on a boat drifting in Thai waters off the southern island of Koh Lipe in the Andaman sea on May 14, 2015. The boat crammed with scores of Rohingya migrants -- including many young children -- was found drifting in Thai waters on May 14, according to an AFP reporter at the scene, with passengers saying several people had died over the last few days. AFP PHOTO / Christophe ARCHAMBAULT (Photo credit should read CHRISTOPHE ARCHAMBAULT/AFP/Getty Images)

Des milliers de migrants du Myanmar et du Bangladesh sont en perdition en mer depuis de nombreux jours, en Asie du Sud-Est, victimes d'un jeu de « ping pong humain » de la part de la Thaïlande, de la Malaisie et de l'Indonésie, qui refusent de les accueillir. « Une catastrophe humanitaire » en devenir, selon les Nations unies.

Les migrants en question sont des Rohingyas, une minorité musulmane considérée comme l'une des plus persécutées au monde par l'ONU. Ceux qui proviennent du Myanmar fuient la violence dont ils sont victimes aux mains d'une population majoritairement bouddhiste; ceux du Bangladesh cherchent à s'extirper de la pauvreté.

Leur situation précaire actuelle s'explique en partie par le fait que la Thaïlande a décidé de sévir davantage contre les passeurs qui utilisaient son territoire pour faire entrer les migrants en Malaisie, pays à majorité musulmane, après avoir découvert des charniers contenant des dépouilles de clandestins dans la jungle.

Les passeurs cherchent depuis d'autres itinéraires pour leurs embarcations : ils les font passer au large des côtes thaïlandaises dans le but d'atteindre directement la Malaisie, voire l'Indonésie, plus au sud. Une fois payés, des passeurs ne se soucient plus de la destination finale, et plusieurs n'hésitent pas à abandonner leur embarcation en pleine mer.

Disant craindre un déferlement de migrants, la Malaisie et l'Indonésie refoulent les bateaux qui les transportent, condamnant les migrants désespérés qui s'y entassent souvent par centaines à errer en mer, sur ce qui devient de gigantesques prisons flottantes.

« Nous sommes en mer depuis deux mois »

Jeudi après-midi, par exemple, des journalistes de l'Agence France Presse ont aperçu un bateau transportant environ 300 hommes, femmes et enfants à la dérive près des côtes thaïlandaises. « Nous sommes des Rohingyas de Birmanie », pouvait-on lire sur un drapeau noir accroché au bateau.

« Environ 10 personnes sont mortes au cours du voyage. Nous avons jeté leur corps à l'eau », a hurlé en rohingya un des passagers à des journalistes qui étaient à bord d'un bateau, à proximité. « Nous sommes en mer depuis deux mois. Nous voulons aller en Malaisie, mais nous n'avons pas réussi à atteindre le pays ».

« Nous n'avons rien mangé depuis une semaine. Il n'y a pas d'endroit où dormir et mes enfants sont malades. »

— Sajida, passagère d'un bateau voguant au large des côtes thaïlandaises

Le ministre malaisien de l'Intérieur, Wan Junaidi Jafar, a confirmé qu'un bateau transportant 500 migrants a été intercepté jeudi au nord de l'État de Penang, et renvoyé en mer après avoir reçu des provisions.

Des responsables malaisiens ont aussi affirmé à l'Associated Press qu'un autre bateau transportant 300 personnes a subi le même sort la nuit dernière.

« À quoi vous attendez-vous de notre part », a déclaré le ministre Jafar. « Nous avons été gentils avec les gens qui ont franchi nos frontières. Nous les avons traités humainement, mais ils ne peuvent pas inonder nos côtes comme ça. [...] Nous devons envoyer le bon message : ils ne sont pas les bienvenus ici ».

« Leur pays n'est pas en guerre. S'il n'y a rien qui ne fonctionne pas avec le bateau, ils devraient retourner dans leur propre pays. »

— Wan Junaidi Jafar, ministre malaysien de l'Intérieur

Le premier ministre thaïlandais, Prayuth Chan-ochan, ne dit pas autre chose. « Si nous les prenons tous, quiconque veut venir va venir librement. Je me demande si la Thaïlande sera capable de prendre soin de tous ces gens. D'où viendra le budget pour ça? [...] Personne ne les veut. Tout le monde veut qu'un pays de transit comme le nôtre en prenne la responsabilité. Est-ce équitable? »

En Indonésie, un bateau de migrants a accosté sur les côtes de la province d'Aceh lundi. Les 500 personnes qui s'y trouvaient ont reçu de la nourriture, de l'eau et des médicaments avant d'être renvoyées en mer, vers la Malaisie.

migrants mer

Contrer du « ping pong humain »

« Les marines thaïlandaise, malaisienne et indonésienne devraient cesser de jouer ce ping-pong humain, et devraient au contraire travailler ensemble pour sauver tous ceux sur ces funestes bateaux », a déclaré Phil Robertson, directeur adjoint en Asie de Human Rights Watch.

« Le monde jugera ces gouvernements sur la façon dont ils traitent les hommes, les femmes et les enfants les plus vulnérables », a-t-il prévenu.

Amnistie internationale déclare pour sa part qu'il est « déchirant de penser que des centaines de personnes sont en ce moment à la dérive sur un bateau, sur le point de mourir, sans eau ni nourriture et sans même savoir où ils sont. »

Selon le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), 25 000 Rohingyas du Myanmar et du Bangladesh ont tenté leur chance avec des passeurs au cours des trois premiers mois de 2015, soit deux fois plus qu'au cours de la même période l'an dernier.

« La priorité est de sauver des vies », a affirmé mercredi un responsable du HCR, Volker Turk. « Il est essentiel que les États partagent la responsabilité de faire descendre les gens des bateaux immédiatement. »

Au cours des dernières années, 45 000 Rohingyas ont atteint la Malaisie, mais leur vie y demeure difficile. Sans statut légal, ils n'ont que rarement accès à des services de santé et aux écoles, et sont susceptibles d'être arrêtés et déportés.

Au Myanmar, leur situation n'est guère meilleure. Privés de citoyenneté, ils n'ont pas plus accès à des soins de santé ou aux écoles. Mais ils sont aussi attaqués par l'armée, voire chassés de leurs terres par des extrémistes bouddhistes.

Au cours des dernières années, les pays du sud-est asiatique ont cependant évité de discuter de cette discrimination lors de conférences régionales, afin de ne pas déplaire au gouvernement du Myanmar.

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