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13/05/2015 05:45 EDT | Actualisé 13/05/2016 01:12 EDT

Pakistan: 43 morts dans une attaque contre un autobus de chiites à Karachi

Au moins 43 personnes ont été tuées mercredi dans une attaque contre un autobus transportant des musulmans de la minorité chiite à Karachi, métropole pakistanaise devenue le foyer des violences communautaires qui déchirent ce pays en proie à une montée du fondamentalisme.

Il s'agit de l'attaque la plus meurtrière perpétrée au pays depuis un attentat, visant également la minorité chiite, ayant fait une soixantaine de morts en janvier dernier à Skikarpur, petite ville de la province méridionale du Sind, dont Karachi est la capitale.

Mercredi, au moins six hommes armés circulant à moto ont ouvert le feu sur un autobus transportant une soixantaine d'ismaéliens, un courant minoritaire de l'islam chiite, d'un quartier à l'autre de Karachi.

"Les assaillants ont commencé par ouvrir le feu sur le chauffeur. Lorsque le bus s'est arrêté, ils ont tiré sur les passagers sans distinction", avant de prendre la fuite, a déclaré Najeeb Ahmed Khan, un haut responsable de la police locale.

Après l'attaque, le bus rose taché de sang sur sa façade extérieure et sur les bancs à l'intérieur, a été transporté près de l'hôpital local où des proches des victimes se précipitaient dans l'espoir d'y retrouver des survivants parmi la dizaine de blessés, ou pour collecter des dépouilles.

"Je suis venu récupérer le corps de mon jeune fils. Il était étudiant et se préparait à passer ses premiers examens au lycée", a soufflé péniblement, un homme à la voix étranglée de sanglots.

Selon la police, 43 personnes, dont au moins 16 femmes, ont été tuées dans cette dernière attaque en date visant la minorité musulmane chiite, qui représente environ 20% de la population de ce géant de 200 millions d'habitants en majorité sunnites.

"La cible de l'attaque était bien des (chiites) ismaéliens innocents", a confirmé à l'AFP Ghulam Haider Jamali, le chef de la police de la province du Sind, accusant sans plus de détails, des "terroristes" et des "extrémistes" d'avoir mené ce raid sanglant.

- Le fantôme de l'EI? -

Un responsable local a montré à l'AFP un tract maculé de sang revendiquant cet assaut au nom de l'organisation Etat Islamique (EI), qui a proclamé un califat à cheval sur la Syrie et l'Irak mais dont la présence réelle dans la région Afghanistan/Pakistan demeure sujet de vifs débats.

La police avait soutenu avoir retrouvé un tract semblable le mois dernier lorsqu'une universitaire américaine, Debra Lobo, avait été la cible de tirs par des hommes à moto, également à Karachi.

Ces tracts, vus par l'AFP, ne portent pas l'enseigne de l'EI, organisation à laquelle ont plaidé allégeance des ex-commandants des talibans pakistanais sans toutefois être clairement adoubés par le chef de ce groupe, Abou Bakr al-Baghdadi.

Un groupuscule jihadiste hostile aux minorités religieuses, le Jundullah, a quant à lui revendiqué cette attaque auprès de l'AFP.

Au cours des dernières années, les attaques se sont multipliées au Pakistan, deuxième pays chiite après l'Iran, contre des membres de la minorité musulmane chiite, accusés par les extrémistes sunnites de vouloir importer la "révolution iranienne" et d'incarner un courant "déviant" par rapport à une supposée orthodoxie musulmane.

Ces attentats se sont concentrées à Quetta (sud-ouest), Parachinar (nord-ouest), Gilgit (nord-est) mais de plus en plus à Karachi, mégalopole de 20 millions d'habitants régulièrement endeuillée par des affrontements entre groupes armés liés à des partis politiques qui rivalisent pour la mainmise sur le territoire.

Les forces de sécurité pakistanaises avaient lancé à l'automne 2013 une opération afin de rétablir l'ordre dans la métropole économique du pays, où plus de 2.000 personnes avaient été assassinées la même année.

Le chef de l'armée, le général Raheel Sharif, a annulé une visite officielle de trois jours au Sri Lanka en raison de cette nouvelle attaque antichiite à Karachi.

Depuis le raid taliban contre une école de Peshawar, fatal à 154 personnes en décembre, le Pakistan a intensifié sa lutte contre le terrorisme, levé son moratoire sur la peine de mort et exécuté une centaine de condamnés à mort, une dernière mesure jugée inefficace par des organisations de défense des droits de l'Homme pour qui le retour de la peine de mort n'a rien de "dissuasif".

ak-gl/jh