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13/05/2015 00:45 EDT | Actualisé 12/05/2016 01:12 EDT

Missile nord-coréen: les Américains soupçonnent un bluff

La Corée du Nord a très probablement bluffé en affirmant avoir tiré un missile balistique depuis un sous-marin, et est encore loin de disposer de cet atout maître sur le plan stratégique, estiment les experts américains.

La Corée du Nord a annoncé samedi avoir effectué un tir d'essai d'un missile balistique depuis un sous-marin (SLBM), qualifié "d'armement stratégique de niveau mondial".

"Je doute fortement que le test ait eu lieu depuis un sous-marin", a estimé mardi Joseph Bermudez, un expert américain reconnu de la Corée du Nord.

Le sous-marin montré par les Coréens du Nord à l'appui de leurs affirmations est un bâtiment expérimental, qui n'a été mis en service que depuis quelques mois, a relevé M. Bermudez.

Et il est peu probable qu'il soit déjà prêt à lancer des missiles alors qu'il s'agit d'une opération extrêmement complexe et difficile à mettre au point, selon cet expert.

De plus, les photos satellite prises au dessus du port d'attache du sous-marin montrent la présence à ses côtés d'une barge, qui ressemble fort à une plate-forme de test de lancement de missile.

Il est "plus probable" que le tir annoncé par les Coréens ait été effectué depuis cette barge, peut-être immergée de quelques mètres, a-t-il expliqué.

Quant à la photo du missile sortant de l'eau diffusée par l'agence de presse nord-coréenne KCNA, elle a visiblement été manipulée, selon l'expert.

Une trace orangée sur l'eau, semblable au reflet d'une traînée de fusée, est décelable sur la photo... alors que le missile n'a pas encore complètement émergé, et que la traînée ne peut donc pas être visible.

Le missile, lui, ne correspond à aucun engin connu suggérant que Pyongyang est en train d'en concevoir un nouveau, spécialement adapté aux sous-marins.

Là encore, un défi technologique dont les Occidentaux n'ont décelé aucune trace sérieuse (essai à terre par exemple) pour l'instant.

- Le programme 'existe' -

En fait, le missile testé n'est sans doute qu'un prototype, conçu uniquement pour un test d'éjection et d'envol, a estimé mardi Joel Wit, l'un des cofondateurs du cercle d'experts de la Corée du Nord 38e Nord.

Ce diagnostic rejoint celui d'autres experts américains et d'un responsable militaire, qui avait affirmé lundi que Pyongyang n'avait fait qu'un test d'éjection.

Mais peut-on pour autant parler d'une opération d'intoxication totale des Coréens du Nord?

Non, répond Joel Wit. Le programme de missiles lancés par sous-marin "existe, c'est assez clair" et la Corée du Nord a "sérieusement l'intention" de se doter de cette capacité.

"Mais elle essaie sans doute de se présenter comme bien plus avancée qu'elle n'est", a-t-il estimé.

Pour lui, la Corée du Nord pourrait arriver à se doter de missiles balistiques lancés par sous-marin en 2020, mais seulement dans un scénario optimum: avec un effort financier soutenu et maximum et une aide technologique extérieure.

Et encore ces missiles ne représenteraient une menace que pour les pays voisins de la Corée du Nord, pas pour les Etats-Unis eux-mêmes, du fait de la distance les séparant de la péninsule coréenne.

La Corée du Nord n'aura pas encore de missiles balistiques à longue portée, et ses sous-marins ne pourraient s'approcher de la côte ouest des Etats-Unis qu'en allant à l'extrême bout de leur rayon d'action... et en bravant les outils de guerre sous-marine très perfectionnés des Etats-Unis.

"Je n'aimerais pas être à bord" d'un bâtiment nord-coréen partant pour une telle mission, "il n'arriverait pas à s'approcher" des Etats-Unis, a souligné M. Wit.

Une Corée du Nord disposant de sous-marins lanceurs de missiles est le cauchemar des stratèges américains et asiatiques.

Le régime de Pyongyang a déjà pratiqué trois essais nucléaires. S'il parvenait à mettre des bombes sur un missile et à embarquer ceux-ci sur des sous-marins, la menace qu'il représente serait considérablement accrue.

lby/are/jr