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13/05/2015 10:36 EDT | Actualisé 13/05/2016 01:12 EDT

Le Yémen "manque de tout" (expert FAO)

Au Yémen, où une trêve est entrée en vigueur, la situation est "catastrophique" car le pays "manque de tout", explique Dominique Burgeon, expert des situations d'urgence à l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO).

Question: Quelle est la situation humanitaire au Yémen?

Réponse: "Pour le moment, le pays manque de tout. La population est victime de l'insécurité liée au conflit mais également du manque d'accès au carburant, à l'électricité et à l'eau, tant dans les zones urbaines que les zones rurales. Le Yémen important 90% de ses besoins alimentaires, voire 95% pour certains produits comme le blé. La situation est extrêmement critique pour les 2,5 millions de petits producteurs qui dépendent entièrement de l'agriculture pour survivre.

Les importations sont quasiment au point mort, le secteur privé qui achemine ces denrées ne peut pas fonctionner faute de carburant, les semences manquent et certaines infrastructures agricoles, dont les systèmes d'irrigation, ont été détruites. Le système vétérinaire a également été fortement perturbé et les animaux commencent à être affectés par toute sortes de maladies. Enfin, il faut que ces populations rurales puissent avoir accès à l'eau pour leur propre consommation mais aussi pour l'irrigation. Dans cette optique, nous prévoyons de distribuer des pompes solaires.

La situation est donc extrêmement complexe, avec des réserves alimentaires du pays qui diminuent de façon importante et rapide.

Q: Avec la trêve, que va-t-il se passer concrètement?

R: "Nous espérons profiter de la trêve pour augmenter les distributions. Nos collègues du Programme alimentaire mondial (PAM) ont déjà pu, au cours des dernières semaines, fournir de l'aide alimentaire à plus d'un million de personnes. Ils espèrent pouvoir très vite augmenter ce nombre mais qui n'ira pas au-delà de 2,5 millions. Donc, il faut absolument que le commerce et les importations puissent reprendre et pour cela que la communauté internationale fournisse des fonds".

Q: Existe-t-il un réel risque de famine ?

R: "Il y a quelques mois, 12 millions de Yéménites étaient en situation d'insécurité alimentaire. On considère qu'actuellement ils sont plutôt entre 14 et 15 millions, sur une population de 24 millions, dont plus de la moitié en situation d'insécurité alimentaire sévère. Ce qui signifie que ces personnes doivent réduire le nombre de leur repas par jour, avec un impact sur leur santé, leur poids, leur nutrition et à terme, une augmentation de la mortalité. Or, quand on déclare la famine, il est déjà trop tard pour beaucoup de gens... Il est donc absolument important d'agir maintenant car la situation est catastrophique".

Propos recueillis par Laure Brumont.

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